Un cauchemar
hante l’Amérique latine : celui des dictatures parrainées par la CIA. Avec
la victoire du candidat
d’extrême droite José Antonio Kast au Chili, c’est l’ombre de Pinochet qui regagne le palais de la Moneda. Ce
fils d’un officier de la Wehrmacht inscrit au parti nazi est l’héritier
revendiqué d’un ordre né dans la violence du coup d’État de 1973, consolidé par
la dictature et jamais réellement démantelé par la transition
démocratique.
Pour défaire la
candidate de gauche, Jeannette Jara, portée par une large coalition, il s’est
employé à exciter toutes les phobies. Il a déchaîné la haine des immigrés, la
peur du communisme, les pires affects masculinistes.
Après le soulèvement
social de 2019, ce multimillionnaire, membre de la caste dominante, avait
contribué à torpiller le processus
constituant qui donnait
pour la première fois depuis 1973 une légitimité politique à des demandes
sociales jusque-là réprimées.
En plaçant la
criminalité et l’immigration au centre de sa campagne, il a esquivé la
confrontation politique sur le modèle économique imposé dans le sang par les
militaires pour briser les droits sociaux, livrer les biens communs, les
services publics et les retraites aux seules logiques du profit.
En guerre
contre les libertés individuelles, les droits des femmes et ceux des peuples
autochtones, il a su tirer parti de la démobilisation de classes populaires
gagnées par un sentiment d’abandon et du ralliement d’un électorat de droite
qui n’a jamais soldé les comptes de l’ère Pinochet. La révolution socialiste
de Salvador Allende entendait
élargir la démocratie à l’économie.
Au prix de la
torture, des opposants parqués dans les stades, des disparitions forcées, des
barrios massacrés, des corps jetés dans le fleuve Mapocho, le Chili fut le
laboratoire du néolibéralisme, où les Chicago boys de Milton Friedman
expérimentèrent, sous l’égide des généraux, le marché dérégulé et la dictature
de l’argent, répliqués dans le monde entier.
Le basculement
du Chili dans le gouffre du capitalisme autoritaire s’inscrit aujourd’hui dans
une géographie globale. De Washington à Rome et à Tel-Aviv, de Buenos Aires à
Santiago, le néofascisme s’avance sous des visages nationaux, mais avec une
langue commune : peur, identité, rappel à l’ordre. Et un but
partagé : la conservation à tout prix d’un ordre économique injuste et
inégalitaire.
Il détourne les
colères populaires et promet la force là où la politique a déserté. L’extrême
droite ne surgit jamais du néant, elle germe et s’épanouit dans les failles de
la démocratie. Une bataille, encore, est perdue. Le combat continue. Contre
ceux qui veulent écrire l’avenir avec l’encre du passé, par-delà le verdict des
urnes, il se joue dans la mémoire, la résistance sociale, la fidélité aux
luttes.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire