La manœuvre est
d’une redoutable intelligence. Agonisant, le pouvoir macroniste aura donc
réussi à s’offrir un sursis à peu de frais. En jouant sur les mots d’une
possible suspension de la réforme des retraites, Sébastien Lecornu éloigne d’un
même coup la menace d’une censure
et compte bien diviser la gauche et les syndicats.
Évidemment, le
simple fait que le pouvoir feigne de reculer sur le totem des retraites, deux
ans après les quatorze journées de mobilisation et le passage en force au 49.3,
est un premier fruit récolté par l’intersyndicale, qui démontre une nouvelle
fois que la bataille politique sur cette réforme inique a été gagnée dans
l’opinion. De là à en faire une « grande victoire »…
Le « musée des horreurs » budgétaires intact
Le ver est bien
dans le fruit. D’abord parce que la suspension de la
réforme Borne est encore
loin d’être effective. Il faudrait, pour cela, que l’amendement gouvernemental
dans le PLFSS soit adopté, qu’il survive à une navette parlementaire où la
droite est majoritaire, et qu’il ne soit pas censuré par le Conseil
constitutionnel.
Cela fait tout
de même beaucoup de conditions pour une « grande victoire ». Les
générations 1964 et 1965, premières concernées, devraient attendre avant de sortir
le champagne. D’autant que le « musée des horreurs » du budget
Bayrou est intact.
Lecornu pourrait passer par voie d’ordonnances
Suppression de
3 000 postes de fonctionnaire, gel des pensions de retraite jusqu’en 2026,
puis sous-indexation jusqu’en 2030, 1,5 milliard d’économies
supplémentaires dans le PLFSS par rapport au projet de son prédécesseur… La
copie qui sera défendue par Roland Lescure est aussi violente contre les
services publics et les classes moyennes et populaires, mais toujours aussi
clémente vis-à-vis des ultra-riches et des grandes entreprises.
Le gouvernement
Lecornu II a beau se targuer de renoncer au 49.3, le premier ministre dispose
encore de cartouches pour passer en force, notamment faire durer
les débats pour que le Parlement ne puisse pas adopter le budget dans
la limite de temps réglementaire.
Dans cette
hypothèse, Sébastien Lecornu pourrait utiliser la voie d’ordonnances. Une
nouvelle bataille politique s’engage donc contre ce budget dévastateur. Toute
la gauche et l’intersyndicale doivent y prendre leur place.

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