mercredi 15 octobre 2025

« Suspension de la réforme des retraites : le ver est dans le fruit », l’éditorial de Maud Vergnol.



La manœuvre est d’une redoutable intelligence. Agonisant, le pouvoir macroniste aura donc réussi à s’offrir un sursis à peu de frais. En jouant sur les mots d’une possible suspension de la réforme des retraites, Sébastien Lecornu éloigne d’un même coup la menace d’une censure et compte bien diviser la gauche et les syndicats.

Évidemment, le simple fait que le pouvoir feigne de reculer sur le totem des retraites, deux ans après les quatorze journées de mobilisation et le passage en force au 49.3, est un premier fruit récolté par l’intersyndicale, qui démontre une nouvelle fois que la bataille politique sur cette réforme inique a été gagnée dans l’opinion. De là à en faire une « grande victoire »…

Le « musée des horreurs » budgétaires intact

Le ver est bien dans le fruit. D’abord parce que la suspension de la réforme Borne est encore loin d’être effective. Il faudrait, pour cela, que l’amendement gouvernemental dans le PLFSS soit adopté, qu’il survive à une navette parlementaire où la droite est majoritaire, et qu’il ne soit pas censuré par le Conseil constitutionnel.

Cela fait tout de même beaucoup de conditions pour une « grande victoire ». Les générations 1964 et 1965, premières concernées, devraient attendre avant de sortir le champagne. D’autant que le « musée des horreurs » du budget Bayrou est intact.

Lecornu pourrait passer par voie d’ordonnances

Suppression de 3 000 postes de fonctionnaire, gel des pensions de retraite jusqu’en 2026, puis sous-indexation jusqu’en 2030, 1,5 milliard d’économies supplémentaires dans le PLFSS par rapport au projet de son prédécesseur… La copie qui sera défendue par Roland Lescure est aussi violente contre les services publics et les classes moyennes et populaires, mais toujours aussi clémente vis-à-vis des ultra-riches et des grandes entreprises.

Le gouvernement Lecornu II a beau se targuer de renoncer au 49.3, le premier ministre dispose encore de cartouches pour passer en force, notamment faire durer les débats pour que le Parlement ne puisse pas adopter le budget dans la limite de temps réglementaire.

Dans cette hypothèse, Sébastien Lecornu pourrait utiliser la voie d’ordonnances. Une nouvelle bataille politique s’engage donc contre ce budget dévastateur. Toute la gauche et l’intersyndicale doivent y prendre leur place.

 

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