Elles et ils
ont osé. Dans une tribune parue le jour de l’ouverture de la 79e édition du Festival
de Cannes dans Libération, 600
acteurs, réalisateurs, producteurs, techniciens, distributeurs ont osé défier
Vincent Bolloré, propriétaire de Canal Plus, premier financeur privé du cinéma
français (quelque 220 millions d’euros investis par an).
Comme si cela
ne lui suffisait pas, Bolloré lorgne désormais UGC, troisième réseau de salles
de cinéma dont il détient depuis quelques mois 34 % des parts en attendant
son rachat total à l’horizon 2028. Une stratégie de concentration vertigineuse
qui ferait de Canal Plus un groupe qui contrôlerait toute la chaîne des
films.
Elles et ils
ont osé parce que ce n’est pas si simple. Canal Plus est un acteur déterminant pour tous les films
produits en France, les blockbusters comme les films d’auteur les plus pointus.
Elles et ils ont osé parce qu’ils savent bien que pour l’heure, la position
ultradominante de Bolloré ne se fait pas sentir sur la ligne éditoriale.
Jusqu’à quand ?
Elles et ils
sont courageux car ils savent que, sans Canal Plus, beaucoup d’entre eux
n’auraient pas pu faire leurs films, quelle que soit la nature du projet
artistique. Mais ils savent aussi que laisser Bolloré acquérir une position de
quasi-monopole sur la production, la distribution et la diffusion sera, à
terme, compte tenu de son projet
politique, un vrai danger pour la liberté de
création et la démocratie. Alors ils ont décidé de ne pas se taire.
Leur tribune
n’est pas une déclaration de guerre frontale avec le milliardaire, mais un
appel qu’ils lancent aux politiques pour que la richesse et la diversité du
cinéma en France perdurent. C’est maintenant qu’ils ont décidé de parler parce
que c’est maintenant qu’il faut agir.
Après, ce sera
peut-être trop tard. Plus personne ne peut ignorer le « projet
civilisationnel » de Bolloré. Après avoir fait main basse sur des
médias, sur une partie de l’édition, Bolloré, sous ses airs d’homme d’affaires « chrétien-démocrate »,
n’hésitera pas à mettre ses entreprises au service de son projet d’extrême
droite.

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