Un cessez-le-feu est entré en vigueur à Gaza, depuis
samedi 11 octobre. Après des années de bombardements incessants l’armée
israélienne a cessé ses opérations de destruction. Pour la première fois depuis
8 mois, date d’une première trêve, Gaza a vécu deux jours de suite sans
bombardements.
La
première phase du plan de paix de Donald Trump est entrée en vigueur avec l’échange
des 47 otages israéliens (dont 20 sont seulement vivants) et de 1950
prisonniers politiques palestiniens. Parmi ces derniers, 154 prisonniers
politiques palestiniens sont expulsés en Egypte, à des kilomètres de leur
terre.
Ces
libérations, d’otages israéliens kidnappés, détenus dans un enfer par le Hamas,
sont un soulagement pour eux mais aussi pour leurs familles et leurs
proches.
De même,
la libération des prisonniers politiques palestiniens injustement retenus et
enfermés, sans procès, est également un soulagement pour leurs familles. Elles
peuvent enfin retrouver leurs proches.
Pour autant, est-ce à dire que le conflit est terminé,
comme certains le pensent ? Nous en sommes loin, car
malheureusement, la situation reste encore très fragile. Ceux qui fanfaronnent
sur cette résolution du conflit, sont les mêmes qui montrent les rassemblements
des familles d’otages en Israël, un moment d’émotion intense, mais omettent de
voir les cohortes de Palestiniens qui tentent de regagner leur ville d’origine.
Les Palestiniens de Gaza n’ont plus de maisons mais veulent retrouver leur
terre pour la reconstruire. Ils n’ont pas de nom ni de visage dans la plupart
des présentations. Pourtant, ces femmes et ces hommes sont bien là, continuent
d’exister dans un territoire où on a tenté de les expulser, à défaut de les
massacrer.
Le sommet pour la paix qui débute à Charm El Cheik en
Egypte aujourd’hui n’est donc pas un sommet de la paix. Le désarmement du
Hamas, l’évacuation par l’armée israélienne de la bande de Gaza, l’instauration
d’un protectorat constituent les futures étapes programmées.
Alors que
les concessions sont déséquilibrées au profit d’Israël, le premier ministre
israélien Benyamin Netanyahou s’offre le luxe et l’outrecuidance de bouder
cette séquence.
La solution politique consiste en l’état à déblayer un
territoire totalement détruit. Le projet d’investissement immobilier ne peut
résoudre les problèmes lourds qui touchent les Palestiniens. En premier lieu,
il est clair que des corps vont être retrouvés par milliers dans les décombres.
Le chiffre de 67 000 victimes est loin d’être définitif et il est à
craindre que nous atteignons probablement plus de 200 000 victimes, soit
près de 10% de la population gazaouie.
Par ailleurs, l’effacement des Palestiniens n’est pas
justifiable. Le droit des Palestiniens à vivre dans un Etat n’est pas une
perspective lointaine, encore moins un dû. C’est un droit inaliénable quand
bien même Donald Trump a affirmé dans l’avion du retour vers Washington que la
question de l’Etat palestinien serait à voir dans plusieurs années. Cela était
déjà le cas lors du fameux Quartet en 2005 qui repoussait la création d’un Etat
palestinien à un horizon lointain. Or, c’est maintenant que cet Etat doit voir
le jour et être construit. C’est la condition indispensable pour prévenir de
futurs conflits et de futures violences. La Palestine est le nœud des problèmes
de la région.
Le Hamas est considérablement affaibli et délégitimé
mais il s’est reconstitué au regard de l’absence de perspective. Si rien
n’avance pour la reconnaissance des droits des Palestiniens, c’est une nouvelle
génération animée par la rage qui émergera en Palestine, que ce soit au Hamas
ou dans une organisation aux buts toujours plus raides et intégristes.
Israël n’a pas confirmé l’évacuation de la zone Nord de
la bande de Gaza et il est à craindre que le gouvernement israélien trouve
n’importe quel prétexte pour poursuivre les bombardements. Le maintien du
gouvernement Netanyahou n’est possible que par la poursuite de la guerre et de
la colonisation.
La
« paix » version trumpiste, c’est une alliance entre Israël
et les pays du Golfe pour faciliter les échanges commerciaux. De même que
le projet de Nouveau Moyen-Orient de l’administration Bush Jr avait échoué en
voulant imposer les changements de régime par la guerre, la « paix »
conçue par le Président des Etats Unis, par l’alliance commerciale entre Israël
et les pays du Golfe échouera.
Tous ces
signes montrent à quel point aucune condition n’est réunie pour travailler à
une véritable paix juste et durable. Plusieurs batailles nous attendent.
La reconnaissance effective de l’Etat de Palestine par
la France doit passer par des sanctions contre Israël. Elles sont
indispensables pour mettre la pression sur Tel-Aviv. La suspension de l’accord
d’association entre Israël et l’Union européenne aurait des effets immédiats
sur l’économie israélienne. Emmanuel Macron doit aller au bout de sa démarche
et les mouvements de paix et de solidarité doivent amplifier la pression
populaire.
L’une des autres conditions serait de libérer l’ensemble
des prisonniers politiques palestiniens. Parmi eux, Marwan Barghouti est la clé
d’une solution politique. Dirigeant le plus populaire parmi les Palestiniens,
ferment de l’unité nationale, son nom est désormais connu bien au-delà des
cercles d’initiés. Un Etat de Palestine libre et souverain ne peut décemment
exister sans ses forces vives et ses représentants. La figure du Mandela
palestinien pourrait également faciliter l’unité palestinienne.
Pour parvenir à une paix véritable, la reconstruction de
Gaza ne doit pas dépendre des volontés étrangères mais des seuls choix des
Palestiniens. Un soutien humanitaire international pourrait être déployé
par l’ONU.
Enfin, n’en
déplaise à Donald Trump, la justice internationale doit s’appliquer. Un
génocide ne peut être mis sous le tapis. Alors que alors que les envoyés
spéciaux de Donald Trump étaient en visite de courtoisie auprès de l’armée
israélienne à Gaza, le président d’extrême droite a, de son côté, vanté les
louanges de son comparse Netanyahou et demandé son amnistie judiciaire, lui qui
est sous le coup d’un mandat d’arrêt international de la Cour Pénale
Internationale. Cela résonne comme un terrible aveu de complicité de la part de
celui qui soutient indéfectiblement Israël…mais aussi comme un constat
d’impuissance. Donald Trump lui-même avait dû reconnaitre l’horreur des images
d’enfants dénutris, de bombardements aveugles. Il sait que malgré ses pressions
scandaleuses, les juridictions internationales continuent d’avancer pour
instruire des poursuites contre Benyamin Netanyahou avec le concours d’Etats de
plus en plus nombreux.
Les
chantiers restent donc immenses et appellent à une mobilisation encore plus
grande des forces sincèrement attachées à la dignité et au droit des peuples.

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