Ce ministre du
gouvernement Netanyahou a diffusé vendredi matin sur les réseaux sociaux une
vidéo où il prend à partie et sermonne, dans sa cellule, Marwan Barghouti,
leader palestinien emprisonné depuis 2002 et à l’isolement depuis deux ans. En
réponse, Fadwa Barghouti s’est adressée à son époux. L’Autorité palestinienne
dénonce un « terrorisme d’État organisé ».
Itamar Ben
Gvir, ministre d’extrême droite de Benyamin Netanyahou, en charge de la
« sécurité nationale », s’est rendu dans la prison de Ganot, là où se
trouve, à l’isolement, le leader palestinien Marwan Barghouti, 66 ans,
emprisonné depuis 23 ans maintenant. Ben Gvir, s’en est pris à Barghouti
comme le montrent des images publiées (mais non datées) sur le compte X. Il est
accompagné de deux autres personnes, dont un gardien pénitentiaire. « Vous
ne nous vaincrez pas. Quiconque fait du mal au peuple d’Israël, quiconque tue
des enfants, quiconque tue des femmes (…) nous l’effacerons », lance,
en hébreu, le ministre fasciste. Le leader du parti Fatah et membre élu du
Conseil législatif palestinien (le parlement) tente alors de parler, mais Ben
Gvir l’interrompt sans ménagement : « Non, vous devez le savoir,
et ce, tout au long de l’histoire. »
Ce sont les
premières images de Marwan que l’on voit depuis plusieurs années. Fadwa
Barghouti, l’épouse de Marwan, lui a écrit directement en réponse à la
vidéo : « Je ne t’ai pas reconnu, ni tes traits, et peut-être
qu’une partie de moi refuse d’admettre tout ce que ton visage et ton corps
expriment, de ce que toi et les prisonniers endurez. Marwan, ils te poursuivent
encore et encore, même après 23 ans de prison et même dans la cellule
d’isolement où tu te trouves depuis deux ans. Je sais que la seule chose
qui te blesse, c’est l’incapacité à protéger les enfants palestiniens. »
Sur Instagram,
son fils, Arab Barghouti, à posté une photo de son père en tenue de prisonnier,
prise peu après son procès il y a plus de vingt ans, et écrit: “Même à
l’intérieur d’une petite cellule, ils te ciblent et veulent montrer qu’ils sont
supérieurs. Oh père, comme ils sont délirants. Ne savent-ils pas qu’il y a 50
ans, un jeune adolescent s’est tenu devant eux en prison pour la première fois,
est devenu un leader aimé, et est maintenant toujours debout – malgré la faim,
les agressions, 23 ans de prison et deux ans d’isolement cellulaire. Debout
face à l’oppression et au fascisme d’aujourd’hui. Je sais que ce qui te
tracasse, ce sont les enfants palestiniens, et notre peuple bien-aimé de Gaza.
La lumière au bout du tunnel arrive, et nous allons célébrer une Palestine
libre avec toi. Je t’aime plus que tu ne peux l’imaginer
Dieu, protège mon père et tous les Palestiniens s’il te plaît.”
Dans un
communiqué le ministère des Affaires étrangères de l’Autorité palestinienne a
dénoncé « une provocation sans précédent » et qualifié
l’incident de « terrorisme d’État organisé ». Il a ajouté que
l’Autorité palestinienne prendra la menace au sérieux et assurera le suivi avec
le Comité international de la Croix-Rouge, les États concernés, la communauté
internationale et ses organisations et conseils spécialisés. Pour l’Autorité palestinienne,
le ministre Ben Gvir a « pris d’assaut » la cellule de
Barghouti. Elle tient le gouvernement israélien « directement
responsable » de la vie de Marwan Barghouti.
Hussein Al
Sheikh, Vice-Président de l’Autorité palestinienne, a souligné que les menaces
proférées étaient l’apogée d’un terrorisme psychologique, moral et physique
contre les prisonniers, qualifiant ce geste de rupture sans précédent dans la
politique israélienne vis-à-vis des détenus palestiniens. Il a également
souligné une violation des conventions internationales et humanitaires.
L’Office d’information des prisonniers palestiniens (Palestinian Prisoners’
Information Office) a vivement condamné l’attitude de Ben-Gvir, estimant que
son invasion de la cellule dénote une logique de vengeance et d’incitation au
sein du système carcéral israélien.
Selon le site
Israelnews, cette « visite » de Ben Gvir aurait eu lieu le jeudi
14 août. Ce 15 août, Ben Gvir a continué sa provocation et ses
menaces. « Je vais le répéter encore et encore sans m’excuser :
quiconque s’en prend au peuple d’Israël, quiconque tue nos enfants, quiconque
tue nos femmes, nous l’effacerons. Avec l’aide de Dieu. »
Marwan
Barghouti, condamné à cinq peines de prison à perpétuité, reste le leader
palestinien le plus populaire. C’est sans doute pour cela que Ben Gvir,
ministre raciste, a tenté de l’humilier et, de surcroît, a fait filmer la
scène. Ce qui montre bien les véritables motifs de cette extrême droite
israélienne et, par voie de conséquence, ceux du gouvernement de Netanyahou.
Ils affirment vouloir éradiquer le Hamas. Or, Marwan Barghouti est aujourd’hui
le seul capable de battre l’organisation islamique par les urnes. Ben Gvir et
sa clique, en réalité, ne veulent plus aucune expression du peuple palestinien.
D’où le génocide en cours à Gaza et le nettoyage ethnique en Cisjordanie et à
Jérusalem-est.
Ben Gvir a déjà
été sanctionné par le Royaume-Uni, l’Australie, le Canada, la Nouvelle-Zélande
et la Norvège en raison d’incitations répétées à la violence. En juillet, la
Slovénie est devenue le premier pays de l’UE à déclarer Ben Gvir (ainsi que son
acolyte, le ministre des Finances Bezalel Smotrich, qui se définit comme
« suprémaciste juif ») persona non grata, en raison de leurs propos
jugés « génocidaires », de leur soutien aux colonies illégales en
Cisjordanie et de leur incitation à la violence envers les Palestiniens
Qu’attend la France pour faire de même ?
Ces menaces ne
laissent pas d’inquiéter pour la vie de Marwan Barghouti. Les images diffusées
montrent que son état physique s’est dégradé. La campagne mondiale pour sa
libération et celle de tous les prisonniers palestiniens, lancée symboliquement
depuis l’ancienne cellule de Nelson Mandela, en Afrique du Sud, va se
poursuivre, notamment lors de la Fête de l’Humanité, au mois de septembre
prochain.

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