Comme un fétu de bois prisonnier du courant, une fleur
sans parfum qu’on ne voit même pas, comme un modeste acteur qui ne fait que
semblant il passe parmi vous, quelques tours et voilà. Il envie bien sûr au
vent la force de sa rage, à l’hiver ses rigueurs et ses dards à la pluie,
parfois lui vient l’envie de devenir orage, le cœur de ses étés bat sans le
moindre bruit. Et quand sa voix enfin se pare d’une audace, il est tant
d’autres voix qui, vite, la dominent, comme un oiseau de proie débarrassant la
place en chassant sans pitié les faibles, la vermine. À nouveau il se tait et
il suit la rivière, les passants comme lui se comptent par millions, une herbe
en plus, en moins, ce n’est pas une affaire pour le grand jardinier préparant
ses moissons. Mais un jour, il le sait, ces frères de silence sauront se faire
entendre et se feront vainqueurs. Il n’est meilleur outil que ce cri
d’espérance venu comme un onguent apaiser les rancœurs.
samedi 16 août 2025
Frères de silence !
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