Avec la percée
récente de son armée dans le Donbass, le président russe dispose de cartes
maîtresses qu’il tentera d’abattre lors de son tête-à-tête vendredi
15 août avec Donald Trump.
Le sort de la
guerre en Ukraine peut-il se régler sans le pays agressé ? C’est la question –
prosaïque dans sa formulation mais fondamentale au regard du droit international
– que pose la rencontre entre Donald Trump et Vladimir Poutine qui se déroulera
ce vendredi 15 août, en Alaska. C’est en tout cas le scénario qui semble
s’écrire depuis l’annonce de ce sommet, dans la foulée d’une rencontre entre
Steve Witkoff, l’envoyé spécial du président états-unien, et Vladimir Poutine.
Avant même
d’avoir commencé, cette rencontre constitue une victoire pour le président
russe. Depuis plusieurs mois, il subissait les foudres trumpiennes, de la
menace de nouvelles sanctions économiques à l’escalade verbale sur fond
d’intimidations nucléaires réciproques. Le voici redevenu l’interlocuteur
privilégié dans la résolution d’une guerre qu’il a lui-même déclenchée.
Acter la conquête de l’est de l’Ukraine
Le format du
tête-à-tête implique un ordre du jour spécifique. Donald Trump assure qu’il
demandera à son homologue russe de mettre fin à cette guerre. Celui-ci
donnera sans doute son accord de principe mais assorti de conditions. « Poutine
ne s’est jamais opposé à une négociation, il est toujours d’accord pour
négocier, à ses conditions, il ne veut pas de cessez-le-feu »,
rappelait sur LCI Jean de Gliniasty, ancien ambassadeur de France en
Russie, au moment de l’annonce du sommet.
Ces conditions
sont connues : engagement formel que l’Ukraine ne rejoigne pas l’Otan (ce
que les Occidentaux avaient promis à Moscou au début des années 1990) ni aucune
autre alliance militaire occidentale, que le pays n’accueille pas de troupes
occidentales sur son territoire et ne se dote pas d’une armée susceptible de
menacer la Russie, et, enfin et surtout, qu’il accepte les pertes de
territoires.
On comprend
bien la règle élémentaire d’une négociation : ne pas faire de compromis en
début de processus. Mais avec qui Vladimir Poutine va-t-il
« négocier » en Alaska ? Avec un Donald Trump qui ne peut, par
définition, s’engager pour l’Ukraine. Seul Volodymyr Zelenksy le pourrait. Et
encore dans les limites de la Constitution de son pays qui ne l’autorise pas à
accorder la cession de territoires. Selon le quotidien britannique The
Telegraph, le président ukrainien serait néanmoins prêt à renoncer à des
portions occupées en échange d’un cessez-le-feu.
Volodymyr
Zelensky a passé la semaine à tenter de briser l’isolement dans lequel l’a
plongé l’annonce de ce sommet. Dès dimanche 10 août, sept dirigeants européens se joignaient à lui pour affirmer
que Kiev ne pouvait être écarté des négociations. Dans un premier
temps, Donald Trump avait assuré aux responsables européens que la rencontre
avec Vladimir Poutine serait suivie d’un sommet tripartite en présence de
Volodymyr Zelensky. Hypothèse aussitôt démentie par le Kremlin.
Que recherche
réellement Donald Trump en effectuant son énième revirement sur ce
dossier ? Il s’écrit beaucoup – sans doute trop – que le président
états-unien rêve d’un prix Nobel de la paix, dont Barack Obama fut le
récipiendaire en 2009. Si ce ressort psychologique ne peut être évacué, il ne
doit pas masquer le cap stratégique de l’administration Trump qui veut
désengager la puissance américaine de ce semi-bourbier diplomatique pour se
consacrer à sa rivalité avec la Chine.
Pour
Washington, l’implication auprès de Kiev nécessite d’engager du crédit
politique et… des dollars. Ce que ne manque jamais de souligner J.
D. Vance, le vice-président états-unien, comme lors d’une récente
interview accordée à la chaîne ultraconservatrice Fox News : « Nous
voulons mettre fin aux tueries. Mais je pense que les Américains en ont assez
de continuer à envoyer leur argent, leurs impôts, pour financer ce conflit
particulier. Mais si les Européens veulent prendre le relais et acheter les
armes auprès des producteurs américains, cela nous convient. Mais nous n’allons
plus financer cela nous-mêmes. »
Or, seule,
l’Ukraine ne peut résister à la puissance russe. Depuis le début du conflit,
elle s’est appuyée sur le soutien logistique des États-Unis, décidé par Joe
Biden. Donald Trump a tiré avantage de cette situation en extorquant à Volodymyr Zelensky un accord de partage de
terres rares en échange de la poursuite de livraisons d’armes. Le
président états-unien s’est ensuite tourné vers Vladimir Poutine pour tenter de
sceller la fin des hostilités. Mais l’hôte du Kremlin sait que le temps joue
pour lui. L’avantage démographique de son pays sur l’Ukraine lui permet
d’envisager une guerre longue, tandis que les sanctions des pays occidentaux
n’ont pas affaibli l’appareil économique et productif.
Le président
russe arrivera demain en Alaska d’autant plus en position de force que son armée a réalisé des percées dans l’est de l’Ukraine
après des mois de combats acharnés. Ces derniers jours, elle a
réussi à franchir la ligne de défense majeure et principale de la région de
Donetsk et se trouve désormais plus proche que jamais de Kramatorsk, ville clé
de la région.
« La situation est assez chaotique, car l’ennemi, ayant trouvé des
failles dans la défense, s’infiltre profondément à l’intérieur, essayant
d’établir rapidement une tête de pont et d’accumuler des forces pour poursuivre
son avancée », a déclaré
DeepState, un groupe ukrainien lié à l’armée qui cartographie le champ de
bataille, cité par le New York Times.
Le premier
effet de l’annonce de ce sommet en Alaska aura donc été un effort
supplémentaire de l’armée russe pour pousser son avantage et permettre à
Vladimir Poutine de négocier avec le plus grand nombre d’atouts en main. Le
second tient en la confirmation de la mise sur la touche de l’Europe, qui a
participé à sa propre relégation en refusant d’envisager une solution
diplomatique.
Donald Trump a
seulement concédé aux pays européens une rencontre en visioconférence mercredi
13 août, à laquelle a participé Volodymyr Zelensky depuis Berlin. Dans la
dernière ligne droite, il semble que la Maison-Blanche ait revu ses ambitions à
la baisse. Plus question d’un « accord » mais seulement d’un « exercice
d’écoute », comme si Donald Trump avait déjà intégré que son supposé
« art du deal » ne pouvait rien face à la position dominante de
Vladimir Poutine.

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