Alors que les citoyens du monde entier sont chaque jour effarés, affligés
et révoltés par les bombes et par la famine qui s’abattent sur Gaza, le Premier
ministre israélien, allié solide des fascistes au sein de son gouvernement,
donne l’ordre à ses troupes de finir le travail : occuper totalement Gaza
ville, la vider de son million d’habitants et préparer leur déportation.
Cent vingt mille morts, 400 000 blessés, des amputés par
milliers, des enfants perdus qui n’auront connu que le traumatisme de la guerre
et des famines ne suffisent pas au « duce » de Tel-Aviv.
Occupant déjà la bande de Gaza à 80 %, Netanyahou a justifié, le
7 août dernier, sa décision de l’annexer totalement par l’exigence de
retour des otages, de démilitarisation de l’enclave, de désarmement du Hamas,
de contrôle sécuritaire israélien. Le chef du gouvernement israélien a aussi
redit sa volonté de mettre en place une administration alternative au Hamas et
à l’Autorité palestinienne ; ce qu’en Afrique du Sud, on appelait jusqu’en
1991, des bantoustans.
Aucun des justificatifs brandis par Tel-Aviv n’a de pertinence, et sa
dernière affirmation révèle le projet d’éjecter les Palestiniens de leur terre.
On se pose, de-ci de-là, la question : Pourquoi ? Il n’y a plus
de cible militaire du Hamas à détruire. Il n’y a quasiment plus aucune
infrastructure civile à dévaster, et le Hamas a perdu ses alliés du pouvoir
iranien ou syrien.
Ce n’est pas non plus pour libérer les otages israéliens. Ce n’est
certainement pas en bombardant encore plus les 20 % du territoire qui
n’est pas encore détruit que ces derniers peuvent être sauvés. Les libérations
d’otages n’ont eu lieu que pendant les périodes de cessez-le-feu.
Netanyahou les sacrifie donc à son projet messianique. Il le fait contre
l’avis de son armée et l’appel de 600 anciens responsables du système de
sécurité israélien. Il le fait désormais contre la plupart des chancelleries du
monde à l’exception notable de celle des États-Unis. Sa décision signifie une
nouvelle opération militaire d’envergure pour prendre le contrôle total de
l’enclave palestinienne, qui est passée du statut de « prison à ciel
ouvert » à celle de cimetière.
Il se dit également que les décisions criminelles de Netanyahou constituent
une fuite en avant pour échapper aux poursuites de la justice israélienne pour
faits de corruption. Cet argument n’est pas à négliger. Cependant, il est
secondaire quand on le confronte aux enjeux fondamentaux poursuivis : le
projet de construction du « Grand Israël » au service du capitalisme
israélien et des projets stratégiques nord-américains.
Si Trump et ses prédécesseurs en avaient la volonté, cette
occupation-annexion aurait été depuis longtemps stoppée, conformément aux
résolutions de l’ONU. Si l’aide militaire des États-Unis à l’armée israélienne
devait s’arrêter, le rapport de force au sein de l’État et de la société
israélienne en serait ébranlé. La stratégie états-unienne d’élargissement de sa
sphère de domination conduit les dirigeants nord-américains à participer à
cette guerre perpétuelle du pouvoir israélien. Seul un mouvement populaire
international d’ampleur peut arrêter les bras des criminels.
Faute de sanctionner le pouvoir suprémaciste de Tel-Aviv, en mettant fin
aux relations commerciales, la plupart des gouvernements européens, la
commission de Bruxelles et les grandes sociétés capitalistes sont devenus
complices d’une folie destructrice, d’un crime de génocide sous les
bombardements et de l’organisation méticuleuse de la faim et des privations de
soins imposés à une population tout entière. L’Union européenne, de plus en
plus vassalisée, ne prendra aucune initiative sans le consentement de
l’impérium. Seul un puissant mouvement populaire dans les pays européens peut
l’y obliger. Les manifestations et la flottille de plusieurs dizaines de
bateaux de plus de 44 pays participent de ce mouvement pour briser le
blocus et le silence quand l’armée israélienne fait taire à jamais des
journalistes dans des assassinats vraisemblablement ciblés, selon des sources
israéliennes.
De considérables enjeux économiques pour les firmes capitalistes mondiales,
alliées du grand capital israélien, sont en jeu.
Nous sommes ici en un lieu où l’esprit colonial est poussé jusqu’au bout.
Ainsi, le journal israélien Haaretz a pu récemment documenter la manière dont
les entreprises privées israéliennes sont missionnées par le pouvoir et par
l’armée pour détruire des maisons à l’explosif et au bulldozer, au prix de
1 300 euros pour chaque maison détruite.
Les pêcheurs de Gaza sont contenus dans une zone de 3 milles marins,
soit 5,5 km de la côte, tandis que les pêcheurs israéliens peuvent venir
pêcher à 21 milles marins, soit 38 kilomètres de la côte de Gaza,
pour avoir l’assurance de pouvoir capturer les meilleurs poissons.
En Cisjordanie, les entreprises du bâtiment et des travaux publics font
main basse sur les carrières de terre blonde qui ornent les façades de
Jérusalem. Les propriétaires palestiniens des terrains d’où sont extraites ces
matières particulières ne peuvent les exploiter sans autorisation des services
de l’État israélien. Par la suite, ces carrières sont intégrées à des colonies
et exploitées par de grands conglomérats israéliens ou internationaux.
L’eau de Cisjordanie est volée par des entreprises israéliennes qui la
distribuent gratuitement aux habitants des colonies illégales, mais la font
payer aux services palestiniens.
Pire encore dans l’échelle de
l’abject : les tueries servent de communication pour les ventes d’armes et
de technologies israéliennes à l’étranger sous l’infect label « testé sur le terrain ».
On pourrait ajouter encore des exemples que connaissent parfaitement les
chancelleries occidentales. Elles ont laissé faire le crime et la guerre
d’annihilation.
L’autre enjeu décisif est celui du contrôle des ressources énergétiques en
Méditerranée orientale. Israël, l’Union européenne, les pays du Golfe et les
États-Unis sont parties prenantes d’un projet de construction d’un gazoduc
estimé à 7,3 milliards de dollars. Il s’agit du Gazoduc EastMed, qui part
des grandes réserves gazières au large de Gaza et d’autres zones maritimes
palestiniennes déjà intégrées à Israël. Long de 1 900 km, ce gazoduc
doit relier Israël à la Grèce par Chypre pour être rattaché au gazoduc Poséidon
de 300 km, qui fera la jonction entre la Grèce et l’Italie, avec
l’objectif de produire annuellement jusqu’à 20 milliards de mètres cubes
de gaz pour la consommation européenne. La réussite de ce projet consolidera
évidemment l’occupation coloniale de la Palestine. Un gazoduc construit contre
la paix et contre la préservation du climat.
Enfin, l’annexion de Gaza et de la Cisjordanie s’inscrit dans le vaste plan
israélo-états-unien de construction du « Grand Israël », en lien avec
de nouveaux schémas concocté à la maison blanche visant à bâtir un monde à
partir d’un centre qui serait l’imperium régnant sur des périphéries comprenant
1 000 micro-États directement gérés par les
capitalistes-investisseurs. C’est le sens du projet de faire de Gaza une
« Riviera », avancé par Trump tout comme les volontés de partition de
la Syrie ou de l’Iran pour mieux dominer leurs populations, leurs classes
ouvrières, tout en pillant leurs ressources. C’est aussi le sens du projet
israélien qui affirme que l’autorité palestinienne ne gouvernera pas Gaza.
La reconfiguration projetée du monde va de pair avec la reconfiguration du
Proche et du Moyen-Orient.
Les enjeux dépassent donc bien la question de la sécurité d’Israël ou du
respect d’une religion. Les Palestiniens sont les victimes de projets
géopolitiques et d’intérêts de l’Occident capitaliste, allié à quelques
pétromonarchies.
La réprobation mondiale au dévoilement du projet du pouvoir fascisant
israélien doit servir de point d’appui aux forces démocratiques et de paix
israéliennes déjà en mouvement. L’unité pour la justice et pour la paix doit
être recherchée entre elles et les forces démocratiques, celles de la jeunesse,
palestiniennes et arabes, en lien avec le mouvement mondial de solidarité pour
faire cesser ce projet d’annihilation de tout un peuple.
Les déclarations tardives de reconnaissance de l’État palestinien ne
peuvent consister qu’à reconnaître un vaste cimetière, des poussières de
maisons et des terres volées par d’inqualifiables prédateurs.
Si le Conseil européen peut se réunir en urgence pour discuter de l’avenir
de l’Ukraine, il doit être capable de tenir une session spéciale pour décider
de soutenir la souveraineté des Palestiniens et d’agir pour leur protection
avec l’envoi sous l’égide de l’ONU d’une force de protection et d’interposition
contre l’occupation militaire de Gaza. Ne pas le faire laissera une indélébile
trace de sang sur le front de dirigeants, qui balbutient des phrases sans effet
sur la paix, sur la démocratie et sur le droit des peuples à disposer
d’eux-mêmes !
S’ils ont une once de courage, qu’ils réclament en même temps que la
libération des otages, celle des prisonniers politiques palestiniens, parmi
lesquels figurent de possibles dirigeants fédérateurs du peuple palestinien,
comme Marwan Barghouti, capables de mener à bien le projet d’État laïc
palestinien, en paix au côté du peuple israélien, qui aurait, lui aussi, besoin
d’un nouveau pouvoir, acteur de la démocratie, de la justice et de la paix.
Cela devient d’une extrême urgence.

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