lundi 10 mars 2025

PARTAGER ET COMPRENDRE !



Il aime regarder, à travers les vitres sans rideaux les gens passer indifférents devant lui. Parfois il arrive que quelqu’un s’arrête et franchisse le seuil. Il écoute alors, ses visiteurs raconter leur vie mais c’est comme s’ils ne s’adressaient pas vraiment à lui mais qu’ils parlaient à quelqu’un d’autre juste pour le plaisir de parler. Cela ne le gêne pas, bien au contraire, il peut ainsi mieux les écouter parler de leur existence. Ils ont tous un besoin de partager les bonnes nouvelles comme les mauvaises. Certains parlent d’amour avec des mots tendres pour l’aimé absent mais si présent. Ils en ont parfois gros sur la patate et les mots d’amour font parfois place aux mots de haine si violents. Certains parlent tout simplement de leur quotidien, du temps qu’il fait, des tracasseries administratives, ou professionnelles. En écoutant ses visiteurs, il a ainsi appris, à comprendre l’âme humaine et la vie avec ses joies et ses douleurs. Il est un peu comme un psychanalyste qui se contente d’écouter les gens couchés sur son divan, à absorber telle une éponge leur vie juste pour leur permettre de parler et d’échanger. Il se sent utile. Un jour un homme au grand cœur coiffé comme un as de pique est rentré chez lui. C'était juste un SDF. L’expression dirait un nom à coucher dehors avec billet de logement. Mais lui, hélas, n’avait pas de billet de logement. Il l’a ému et il lui en a donné un en l'invitant à squatter chez lui. Il avait trouvé ainsi un abri bienveillant pour le protéger des frimas de l’hiver, il se sentait moins seul même s’il dormait la plupart du temps et éructait parfois quelques paroles incompréhensibles. Sa présence éloignait ses autres visiteurs et ils avaient dû trouver une autre oreille attentive pour les écouter. Un jour son ami SDF a disparu. Ses visiteurs sont revenus rapidement. Ayant manqué certains épisodes de leur vie, il a eu du mal à comprendre les changements brutaux. Parfois les larmes avaient remplacé les rires. Le bonheur serait-il éphémère ? Peut-être mais le malheur aussi pouvait l’être car parfois les rires avaient remplacé les larmes.

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