lundi 10 mars 2025

« Donald Trump en guerre contre le savoir », l’éditorial de Marion d’Allard dans l’Humanité.



Elle tourne à plein régime, l’entreprise de destruction massive conduite par Donald Trump. Mais ce week-end, les attaques inédites de la nouvelle administration états-unienne contre les libertés académiques ont fait face à un mur international de protestation.

Le mouvement Stand Up for Science a essaimé partout dans le monde, faisant sortir de leurs laboratoires et de leurs universités des centaines de milliers de chercheurs au cri de « Science will not be silenced », « La science ne sera pas réduite au silence ». Les scientifiques ne s’y sont pas trompés. Derrière ce que Trump et ses séides entendent faire passer pour de simples coupes budgétaires à mettre au crédit d’économies de « bon sens », se dissimulent – bien mal – les visées idéologiques du président des États-Unis.

Mettre la science à genoux, c’est attaquer l’un des plus solides garde-fous contre l’obscurantisme. Trump est en guerre contre le savoir. Celui qui permet d’approcher une vérité objective, débarrassée des oripeaux de la croyance. Celui qui fait avancer l’émancipation collective, le progrès.

Par la force et sans manière, promettant la prison ou l’expulsion des chercheurs en cas de mobilisation sur les campus, le locataire de la Maison-Blanche a décrété l’abandon de pans entiers de la recherche fondamentale aux États-Unis, licencié en masse dans les agences fédérales de protection de l’environnement, fait disparaître des milliers de données sur le réchauffement climatique, banni les mots « femmes », « antiracisme », « LGBT », « justice sociale » et tant d’autres de la liste des recherches éligibles aux subventions publiques.

L’ampleur et la vitesse de la fascisation de la politique gouvernementale états-unienne dépassent l’urgence nationale. Réduire au silence les scientifiques outre-Atlantique menace les collaborations internationales, le partage des données, l’élaboration d’études coordonnées. Trump, comme tous les autocrates, rêve du triomphe de l’à-peu-près, des faits alternatifs, du ressenti, du coup de force permanent et de la manipulation de masse. Certes, l’histoire leur a systématiquement donné tort. Mais à quel prix ?

 

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