mercredi 15 juillet 2026

« Le combat des salariés de Meta », l’éditorial de Stéphane Sahuc.



Ils sont 26 salariés debout face au rouleau compresseur Meta. Vingt-six vies de travailleuses et de travailleurs que la maison mère de Facebook, Instagram et WhatsApp a choisi de sacrifier sous couvert de « restructuration technologique ». Derrière le jargon lisse de la Silicon Valley, la plainte déposée devant le tribunal d’Oakland pointe un problème qui devient récurrent : l’IA est en train de devenir le nouvel outil de la violence sociale.

Selon les plaignants, Meta aurait utilisé une « constellation de systèmes d’intelligence artificielle internes » – algorithmes, surveillance de l’activité… – pour trier les salariés à licencier. Et, sous le nom de Metamate, se peaufinent les instruments d’un nouveau flicage patronal. La cadence se calcule désormais en frappes et connexions. La fabrique numérique a inventé des contremaîtres invisibles et littéralement inhumains.

C’est là que surgit le danger : ces outils ont mécaniquement pénalisé les salariés absents pour congé parental, maladie ou handicap. Une salariée en congé maternité ? Une anomalie dans la courbe. Un travailleur malade ? Une baisse d’activité. Ce qui est protégé par le droit du travail devient, dans la logique froide de la donnée, un simple déficit de productivité.

Meta affirme que les décisions restent humaines. Mais l’affaire révèle une dérive majeure : l’entreprise est accusée d’avoir transformé l’opacité technique en écran de responsabilité. « Ce n’est pas nous, c’est la machine » : le rêve d’un patronat déresponsabilisé pour automatiser la casse sociale et s’en laver les mains.

Le problème est politique. On ne peut pas laisser le droit du travail se dissoudre dans l’opacité d’un code propriétaire. La technologie n’est jamais neutre surtout lorsqu’elle sert des rapports de pouvoir. Alimentées par des données incomplètes, aveugles aux réalités humaines, les IA sont entraînées sur les préjugés.

Elles industrialisent les discriminations. À la cupidité des actionnaires, à l’égoïsme des riches s’ajoute désormais la froideur inhumaine des algorithmes à leur service. Le combat des salariés de Meta intéresse tous les travailleurs. C’est celui du droit contre l’arbitraire automatisé.

 

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