Ils sont 26
salariés debout face au rouleau compresseur Meta. Vingt-six vies de
travailleuses et de travailleurs que la maison mère de Facebook, Instagram et
WhatsApp a choisi de sacrifier sous couvert de « restructuration
technologique ». Derrière le jargon lisse de la Silicon Valley, la
plainte déposée devant le tribunal d’Oakland pointe un problème qui devient
récurrent : l’IA est en train de devenir le nouvel outil de la violence
sociale.
Selon les
plaignants, Meta aurait utilisé une « constellation de systèmes
d’intelligence artificielle internes » – algorithmes, surveillance de
l’activité… – pour trier les salariés à licencier. Et, sous le nom de Metamate,
se peaufinent les instruments d’un nouveau flicage patronal. La cadence se
calcule désormais en frappes et connexions. La fabrique numérique a inventé des
contremaîtres invisibles et littéralement inhumains.
C’est là que
surgit le danger : ces outils ont mécaniquement pénalisé les salariés
absents pour congé parental, maladie ou handicap. Une salariée en congé
maternité ? Une anomalie dans la courbe. Un travailleur malade ? Une
baisse d’activité. Ce qui est protégé par le droit du travail devient, dans la
logique froide de la donnée, un simple déficit de productivité.
Meta affirme
que les décisions restent humaines. Mais l’affaire révèle une dérive
majeure : l’entreprise est accusée d’avoir transformé l’opacité technique
en écran de responsabilité. « Ce n’est pas nous, c’est la
machine » : le rêve d’un patronat déresponsabilisé pour
automatiser la casse sociale et s’en laver les mains.
Le problème est
politique. On ne peut pas laisser le droit du travail se dissoudre dans
l’opacité d’un code propriétaire. La technologie n’est jamais neutre surtout
lorsqu’elle sert des rapports de pouvoir. Alimentées par des données
incomplètes, aveugles aux réalités humaines, les IA sont entraînées sur les
préjugés.
Elles
industrialisent les discriminations. À la cupidité des actionnaires, à
l’égoïsme des riches s’ajoute désormais la froideur inhumaine des algorithmes à
leur service. Le combat des salariés de Meta intéresse tous les travailleurs.
C’est celui du droit contre l’arbitraire automatisé.

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