Dans un climat
qui se réchauffe, la stratégie du silo est à l’adaptation ce que le cautère est
à la jambe de bois. Alors que l’ampleur de la crise environnementale exige d’agir sur tous les
fronts, en planifiant, sur plusieurs
décennies, une stratégie globale, l’exécutif s’obstine à réagir au gré de
l’actualité, renvoyant la balle au bon sens, aux petits gestes individuels, aux
mesurettes. Oui, il faut faire baisser significativement nos émissions,
transformer l’ensemble de nos appareils productifs, réduire les inégalités,
protéger les plus fragiles et les salariés les plus exposés, sauvegarder
l’ensemble du vivant. La tâche est titanesque. Repousser l’échéance ne
l’amoindrira pas. Bien au contraire. Chaque degré supplémentaire engage notre
avenir.
Deux canicules,
historiques par leur précocité et leur gravité, viennent d’accabler l’Europe.
En France, les écoles, les hôpitaux, les réseaux ferrés et électriques n’ont
pas résisté. Les forêts, qui captent l’immense majorité du CO2 émis,
se meurent. Les océans bouillonnent. Des pans entiers de l’économie ont été
durement touchés. Le thermomètre a fait la une, des jours durant, les antennes
ont été squattées par des débats stériles avec des scientifiques – c’est un
comble – sommés sur télé Bolloré, de s’expliquer sur un phénomène qu’ils ont pourtant
documenté, depuis des décennies, à longueur de rapports, d’expertises et
d’ouvrages.
La fournaise,
météo et médiatique, n’a pas interrompu le flot de décisions politiques en
contradiction totale avec les objectifs climatiques nationaux – et
internationaux. Le 29 juin, le Conseil d’État validait définitivement le chantier de l’A69 et donc, la reprise des travaux et des
abattages ; le lendemain, le Sénat votait la réintroduction sous
conditions de l’acétamipride et du flupyradifurone, deux insecticides interdits
en France, dans le cadre de la loi d’urgence agricole. Mis bout à bout, les
innombrables reculs environnementaux laisseront aux deux quinquennats Macron la
marque indélébile de l’inaction climatique. S’engager par les mots. Renoncer
dans les actes. En même temps. En pure perte.

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