mardi 30 juin 2026

« Pour l’extrême droite, le vivre ensemble n’existe plus », l’éditorial de Stéphane Sahuc.



C’est devenu un automatisme. Un drame survient — la mort tragique du jeune Louis — et la machine de récupération de l’extrême droite s’empare du drame. En l’espèce, dans les premières heures, c’est la tentative d’imposer la rhétorique du « francocide » dans l’espace médiatique.

L’enjeu : plaquer une grille de lecture ethno-identitaire immédiate, en faisant du crime l’épisode d’une guerre civile en cours. Lorsque l’enquête progresse et que les faits viennent faire voler cette fable en éclats, l’histoire change avec une formidable plasticité.

Exit le « francocide ». Les fabricants de haine et de division opèrent un virage sémantique vers l’« ensauvagement » ou la « décivilisation ». Le coupable idéal change de visage, mais la conclusion reste identique : une partie de la société est dangereuse.

Alors, pour légitimer une chaîne d’équivalences anxiogènes où tout se vaut, on mêle un meurtre sordide, des débordements un soir de victoire du PSG ou de simples incivilités liées à la canicule et l’on pointe du doigt ceux que l’on définit d’une formule : « Toujours les mêmes ».

Le gommage méthodique de toutes les problématiques de classe construit ainsi artificiellement le sentiment d’une anomie totale. L’enjeu : convaincre la société qu’il serait désormais impossible de vivre ensemble et pousser chaque citoyen à se barricader derrière des blocs identitaires étanches.

Le véritable objectif de l’extrême droite et de ses relais médiatiques est d’arriver à un point de non-retour. Avec l’instrumentalisation systématique des faits divers, ils visent ce point de bascule où la frénésie numérique finit par se transformer en violence dans la rue.

Ce moment où la haine de l’autre se substitue à la solidarité de classe. L’extrême droite cherche à importer le modèle des violentes attaques racistes qui ont ensanglanté Belfast au début de cette année 2026. Ce qu’elle veut, c’est utiliser les mois qui nous séparent des échéances électorales pour faire un pari sur la haine afin d’installer un climat de terreur. La Fête de l’Humanité et sa préparation doivent être une opportunité de déjouer ce piège.

 

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