Avec Marc Bloch se clôt probablement la série des grands panthéonisés
de la Résistance par Emmanuel Macron. Après l’entrée de Joséphine Baker et du
couple Manouchian sous la coupole, l’historien de l’Étrange Défaite
rejoint, accompagné de son épouse Simonne Vidal, deux autres grandes figures –
outre Maurice Genevoix, témoin de la Grande Guerre – que sont Robert Badinter et Simone Veil. Elles ont pour point commun d’avoir été les cibles
de la barbarie nazie. Juif et résistant, Marc Bloch est, comme Missak et
Mélinée Manouchian, au croisement de ces destinées.
Tandis qu’un
cycle s’achève avec la présidence Macron, on ne peut s’empêcher de ressentir, devant la grande inconnue
des élections de l’an prochain, une troublante angoisse à l’heure de cet ultime hommage au courage et au
refus de la résignation. L’obstination avec laquelle le président de la
République s’attache par les mots à rendre les honneurs mérités aux héros du
passé détonne avec la complaisance des actes envers les héritiers spirituels de
leurs bourreaux. Aucune autre formation politique que la sienne n’aura autant
œuvré, pour se maintenir au pouvoir, à la normalisation de l’extrême droite, du
pacte de non-censure avec Marine Le Pen à l’inversion du « front
républicain ».
Une fois la
dépouille des résistants ensevelie dans le caveau de la République, il ne
faudrait pas que les paroles de Marc Bloch reviennent nous hanter comme une sinistre
prémonition : « Nous venons de subir une incroyable défaite. À qui
la faute ? » Les regards se tourneront alors vers les pyromanes
qui, balayés par l’histoire, auront joué avec la catastrophe comme avec des
allumettes, sachant bien qu’ils n’auront pas à en subir les ravages dans leur
propre chair.
Les victimes de
l’extrême droite sont, en effet, toujours les mêmes : les étrangers, les
prolétaires, les femmes, les minorités visibles ou invisibles qui forment la
longue cohorte des dominés. Emmanuel Macron y fera sans doute allusion, mardi,
devant le parterre de cette étrange « fête » de l’esprit de
résistance, où se glisseront peut-être quelques aspirants ministres d’une Le
Pen ou d’un Bardella comptant les jours qui les séparent de 2027.

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