L’inauguration
d’un monument à la mémoire des victimes du génocide au Rwanda en plein cœur de
Paris mérite d’être saluée. Cette double stèle participe d’un indispensable
travail de mémoire sur ce que furent les massacres des Tutsis. Impossible
d’oublier ces corps d’enfants, de femmes, d’hommes et de vieillards martyrisés.
Impossible
d’oublier le déchaînement de haine raciste des extrémistes hutus qui a conduit
à l’extermination méthodique de près d’un million de personnes. D’avril à
juillet 1994, les tueries de masse ont
baigné de sang le pays aux mille collines. Nous n’étions qu’une poignée à pointer le rôle et la
responsabilité de la France alors présidée
par François Mitterrand, qui, au nom des intérêts françafricains, a laissé
faire les fanatiques du Hutu Power.
La présence de
Paul Kagame à la cérémonie du 2 juin dit beaucoup de l’apaisement des
relations entre Paris et Kigali, après des années de rupture diplomatique. En
2021, le rapport Duclert, critiquable à bien des égards, relevait néanmoins les
« responsabilités
lourdes et accablantes » de la France. Sa publication a contribué au dégel entre les deux pays,
tout comme le discours dans lequel Emmanuel Macron, en 2024, a reconnu au
Rwanda le trop long silence français « sur l’examen de la vérité »
– tout en refusant catégoriquement de parler de complicité.
Mais le travail
de mémoire est vain si la quête de justice est entravée. La France a accueilli
sur son sol, parfois même avec les honneurs, des génocidaires dont certains ont
été condamnés par le Tribunal pénal international pour le Rwanda. La plainte
visant des militaires français de l’opération « Turquoise » accusés
d’avoir abandonné des Tutsis à la mort s’est soldée par un non-lieu.
La création en
2012 d’un pôle crimes contre l’humanité, crimes et délits de guerre au tribunal
de Paris a permis l’ouverture de nombreuses procédures contre des responsables du génocide. Ces efforts judiciaires doivent se poursuivre.
Enfin, fermer la parenthèse de l’impunité implique de lever le secret-défense
sur les archives encore classifiées. Les rescapés des
opérations d’extermination de 1994 ont droit à la vérité, à la justice et à la réparation. Envers eux, la
France doit assumer ses responsabilités.

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