Dans son livre Génocides tropicaux, paru en
2001, l’intellectuel américain Mike Davis décrivait comment l’expansion du
capitalisme colonial, à la fin du XIXe siècle, a décuplé les
effets dévastateurs d’un phénomène climatique extrême, aujourd’hui connu sous le nom d’El
Niño. Cette oscillation récurrente des courants océaniques
et des pressions atmosphériques provoque un réchauffement des eaux de surface
du Pacifique équatorial propre à bouleverser les régimes météorologiques à
l’échelle globale.
Entre 1870 et
1900, les dérèglements suscités par El Niño furent tels que les sécheresses et
les inondations cataclysmiques en Inde, en Chine, au Brésil et jusqu’en Afrique
provoquèrent de graves épidémies, des mouvements d’exode rural, des famines
abominables et des révoltes matées dans le sang. Les politiques impériales et
l’intégration forcée au marché mondial ont détruit, à l’époque, les systèmes
locaux de subsistance, tout en privilégiant l’accumulation de bénéfices liés
aux exportations, au détriment des vies humaines. Bilan : 30 à 60 millions
de morts.
Preuve que ce
sont bel et bien des choix politiques criminels qui transforment des phénomènes
naturels en catastrophes meurtrières. Un « super El Niño » est en
cours de formation. Dans un monde livré au réchauffement climatique
d’origine productiviste, aux guerres
impérialistes, où le libre-échange financiarisé dope la spéculation sur les
matières premières alimentaires, il « jettera de l’huile sur le
feu », prévient l’Organisation météorologique mondiale.
Le secrétaire
général de l’ONU, Antonio Guterres, appelle à prendre très au sérieux cette
« alerte climatique urgente » : « La seule réponse
efficace est une action à la hauteur de la crise : mettre fin à notre
dépendance aux énergies fossiles, accélérer la transition vers les énergies
renouvelables, protéger les populations les plus vulnérables. » Ce qui
se dessine n’est pas seulement un épisode de plus dans la crise climatique en
cours : c’est une nouvelle manifestation potentiellement tragique de la
faillite totale d’un système. Celle d’un capitalisme mondialisé prêt à attiser
l’incendie pour étancher sa soif inextinguible d’hydrocarbures et de profits.
Le temps presse. En sortir est une question de survie.

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