vendredi 5 juin 2026

« El Niño : une alerte climatique urgente », l’éditorial de Rosa Moussaoui.



Dans son livre Génocides tropicaux, paru en 2001, l’intellectuel américain Mike Davis décrivait comment l’expansion du capitalisme colonial, à la fin du XIXe siècle, a décuplé les effets dévastateurs d’un phénomène climatique extrême, aujourd’hui connu sous le nom d’El Niño. Cette oscillation récurrente des courants océaniques et des pressions atmosphériques provoque un réchauffement des eaux de surface du Pacifique équatorial propre à bouleverser les régimes météorologiques à l’échelle globale.

Entre 1870 et 1900, les dérèglements suscités par El Niño furent tels que les sécheresses et les inondations cataclysmiques en Inde, en Chine, au Brésil et jusqu’en Afrique provoquèrent de graves épidémies, des mouvements d’exode rural, des famines abominables et des révoltes matées dans le sang. Les politiques impériales et l’intégration forcée au marché mondial ont détruit, à l’époque, les systèmes locaux de subsistance, tout en privilégiant l’accumulation de bénéfices liés aux exportations, au détriment des vies humaines. Bilan : 30 à 60 millions de morts.

Preuve que ce sont bel et bien des choix politiques criminels qui transforment des phénomènes naturels en catastrophes meurtrières. Un « super El Niño » est en cours de formation. Dans un monde livré au réchauffement climatique d’origine productiviste, aux guerres impérialistes, où le libre-échange financiarisé dope la spéculation sur les matières premières alimentaires, il « jettera de l’huile sur le feu », prévient l’Organisation météorologique mondiale.

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, appelle à prendre très au sérieux cette « alerte climatique urgente » : « La seule réponse efficace est une action à la hauteur de la crise : mettre fin à notre dépendance aux énergies fossiles, accélérer la transition vers les énergies renouvelables, protéger les populations les plus vulnérables. » Ce qui se dessine n’est pas seulement un épisode de plus dans la crise climatique en cours : c’est une nouvelle manifestation potentiellement tragique de la faillite totale d’un système. Celle d’un capitalisme mondialisé prêt à attiser l’incendie pour étancher sa soif inextinguible d’hydrocarbures et de profits. Le temps presse. En sortir est une question de survie.

 

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