jeudi 4 juin 2026

« Chlordécone : au-delà du symbole, l’urgence de la réparation », l’éditorial de Marion d’Allard.



C’est un premier pas. Il en faudra bien d’autres. À l’unanimité, l’Assemblée nationale vient de reconnaître la responsabilité de l’État dans le scandale du chlordécone aux Antilles. Ou plus exactement, « la part » de responsabilité de l’État là où, en vérité, il en porte l’entièreté. Utilisé dans les bananeraies de Guadeloupe et de Martinique de 1972 à – officiellement – 1993, ce pesticide interdit partout ailleurs, y compris dans l’Hexagone, a contaminé 90 % de la population, détruit pour des siècles une partie des écosystèmes régionaux, pollué nappes phréatiques et cours d’eau.

Sourdes aux alertes de l’Organisation mondiale de la santé, les autorités françaises ont alors délibérément laissé faire. Cancers de la prostate, grossesses à risques, accouchements prématurés, en Guadeloupe et en Martinique, la population paye encore l’immense facture d’un scandale d’État, désastre sanitaire mâtiné d’un colonialisme puant.

Le vote du Parlement est une reconnaissance de la longue lutte des victimes. Indéniablement. Mais nul ne saurait se satisfaire d’un simple symbole. Celles et ceux qui souffrent des conséquences d’une exposition au chlordécone, celles et ceux qui vivent dans l’angoisse quotidienne d’un diagnostic funeste méritent bien davantage. Si le texte adopté prévoit bel et bien que l’État s’attelle enfin à la dépollution des terres et des eaux contaminées, l’indemnisation des victimes, elle, reste mentionnée au titre d’« objectif ». Là s’ouvre un nouveau front. Celui de la justice et donc de la réparation.

Polluants éternels, cadmium, néonicotinoïdes… Les impacts environnementaux et sanitaires de l’usage massif de molécules dangereuses ne sont pas que de l’histoire ancienne. Ils alourdissent d’autant la note de l’incurie de l’État. Chaque recul, chaque dérogation à l’utilisation de ces produits toxiques est un pas de plus dans la pire des directions. La mobilisation citoyenne s’intensifie à mesure que les affaires se multiplient. Elle doit trouver un écho politique. Il y va de la sécurité sanitaire. Du droit élémentaire à vivre en bonne santé.

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