mardi 23 juin 2026

« Brexit et austérité nourrissent le pire », l’éditorial de Stéphane Sahuc.



Avec la démission de Keir Starmer après seulement deux années à Downing Street, le Royaume-Uni s’apprête à voir défiler un septième premier ministre en dix ans. Cette chute illustre l’échec d’une stratégie qui prétend répondre à la crise sociale et au nationalisme sans rompre avec les politiques d’austérité. Dix ans après le référendum de 2016, le Brexit a laissé une économie affaiblie : productivité en berne, investissements en recul et services publics sous tension, notamment le système public de santé britannique.

Élu en 2024 sur une promesse de changement, le Labour s’est enfermé dans la continuité. Soucieux de rassurer la City et les marchés financiers, le gouvernement Starmer a privilégié la discipline budgétaire plutôt qu’un réinvestissement massif dans les services publics.

En refusant de mobiliser davantage les profits financiers et les grandes fortunes, il s’est condamné à gérer la pénurie. L’espoir suscité par son arrivée au pouvoir s’est alors transformé en déception. Ce vide profite directement à Reform UK. Nigel Farage n’a plus à défendre le bilan du Brexit ; il lui suffit de désigner l’immigration comme responsable des difficultés du pays. Évitant au passage une question centrale : l’impossibilité de faire fonctionner une économie qui dépend largement de travailleurs étrangers dans la santé, les transports ou l’agriculture.

Ce miroir britannique éclaire la situation française. Ici aussi, le renoncement des forces progressistes à rompre avec les dogmes libéraux a nourri la progression du Rassemblement national. Quand disparaissent des lits d’hôpitaux, que l’école publique se dégrade et que l’emploi industriel recule, les appels aux « valeurs républicaines » suffisent d’autant moins qu’ils épargnent l’extrême droite.

On ne combat pas l’extrême droite en protégeant les intérêts du capital tout en comprimant les dépenses sociales. D’ailleurs, ceux qui protègent ces intérêts font de plus en plus le choix du RN comme un bouclier pour leurs privilèges. Au moment où Marc Bloch entre au Panthéon, il serait salutaire de reconvoquer son œuvre, sa lucide colère, et toute sa critique des puissants qui mènent, à certaines époques de crises, la France dans les pires impasses à force d’égoïsme et de renoncements.

 

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