Avec la démission de Keir
Starmer après seulement deux années à
Downing Street, le Royaume-Uni s’apprête à voir défiler un septième premier
ministre en dix ans. Cette chute illustre l’échec d’une stratégie qui prétend
répondre à la crise sociale et au nationalisme sans rompre avec les politiques
d’austérité. Dix ans après le référendum de 2016, le Brexit a laissé une
économie affaiblie : productivité en berne, investissements en recul et
services publics sous tension, notamment le système public de santé
britannique.
Élu en 2024 sur
une promesse de changement, le Labour s’est enfermé dans la continuité.
Soucieux de rassurer la City et les marchés financiers, le gouvernement Starmer
a privilégié la discipline budgétaire plutôt qu’un réinvestissement massif dans
les services publics.
En refusant de
mobiliser davantage les profits financiers et les grandes fortunes, il s’est
condamné à gérer la pénurie. L’espoir suscité par son arrivée au pouvoir s’est
alors transformé en déception. Ce vide profite directement à Reform UK. Nigel
Farage n’a plus à défendre le bilan du Brexit ; il lui suffit de désigner l’immigration comme
responsable des difficultés du pays. Évitant au passage une question
centrale : l’impossibilité de faire fonctionner une économie qui dépend
largement de travailleurs étrangers dans la santé, les transports ou
l’agriculture.
Ce miroir
britannique éclaire la situation française. Ici aussi, le renoncement des
forces progressistes à rompre avec les dogmes libéraux a nourri la progression du Rassemblement national. Quand disparaissent des lits d’hôpitaux, que l’école
publique se dégrade et que l’emploi industriel recule, les appels aux
« valeurs républicaines » suffisent d’autant moins qu’ils épargnent
l’extrême droite.
On ne combat
pas l’extrême droite en protégeant les intérêts du capital tout en comprimant
les dépenses sociales. D’ailleurs, ceux qui protègent ces intérêts font de plus
en plus le choix du RN comme un bouclier pour leurs privilèges. Au moment où
Marc Bloch entre au Panthéon, il serait salutaire de reconvoquer son œuvre, sa
lucide colère, et toute sa critique des puissants qui mènent, à certaines
époques de crises, la France dans les pires impasses à force d’égoïsme et de
renoncements.

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