Cela fait bien
un demi-siècle que nous sommes prévenus : la température planétaire
augmente dangereusement.
Depuis un
demi-siècle, les études et rapports de collectifs de scientifiques mettent en
garde, alertent, interpellent et appellent à empêcher le dérèglement climatique.
Un demi-siècle
où ils ont fait la démonstration de cette implacable loi physique : plus
on rejette de gaz carbonique dans l’air, plus la température en surface de
notre Terre commune augmente. Le réchauffement de
l’Arctique a pour conséquence une augmentation des températures deux
fois plus élevée sur le continent européen que sur le reste de la planète.
Et des
chercheurs préviennent que l’air de ces derniers jours reste frais comparé à
celui que vont subir les générations à venir. Cet avenir hurle l’urgence
d’agir.
C’est de
l’habitabilité de la Terre dont il s’agit. Loin, très loin des
petites phrases et des simplismes politiques concoctés dans les chambres
froides de la communication.
Loin des
minuscules pensées de responsables politiques qui ne raisonnent qu’à partir de
leur maintien dans leurs maroquins ministériels. Or, la question est de
savoir par quels moyens et sur quelle durée il est possible d’empêcher
l’irréversibilité du redoutable processus en cours.
Un train à
grande vitesse est lancé vers le mur des canicules et des pluies torrentielles,
de la fonte des glaciers et du bouillonnement des océans. Les pouvoirs
et le monde économique alimentent la locomotive du capitalisme qui éteint
la vie, mène l’humanité vers le néant. L’impérialisme américain mène la
guerre au Moyen-Orient,
capture le président vénézuélien Maduro, des gouvernements
relancent les forages afin de permettre à quelques
multinationales du pétrole d’arroser le monde, moyennant profits et rentes,
d’une énergie carbonée nourrissant la fournaise.
Un processus de bifurcation sociale
et environnementale démocratique
Pour l’éviter,
il n’y a pas d’autres voies pour les peuples
d’entendre les mises en garde et de construire des
mobilisations pour un processus de bifurcation sociale
et environnementale démocratique, associant toutes les citoyennes et
citoyens, toutes les travailleuses et travailleurs en
lien avec toutes et tous les scientifiques.
Ceux qui nous
proposent un brumisateur ou un épouvantail là où il faudrait imaginer une
transformation civilisationnelle afin que notre Terre ne devienne pas invivable
sont les obstacles à cette indispensable transition.
Ils nous
serinent leurs phrases prémâchées autour de « la dette » comme
d’autres parlent de leur cassette, cachant la grande dette qui peut perdre
notre humanité : la dette écologique.
Il n’y
aura pas de stratégie de stabilisation du climat sans une nouvelle
stratégie financière incluant une création monétaire de type nouveau des
institutions internationales — du Fonds monétaire international comme de la
Banque centrale européenne —, sous contrôle populaire. Le climat et
la biodiversité sont des biens communs de l’humanité qui appellent une union
internationaliste de combat pour le vivant.
Les mêmes qui
nous conseillent de fermer nos volets l’après-midi sont ceux qui ont divisé par
trois – de 2,3 milliards d’euros à 837 millions d’euros – le budget
du « Fonds vert » destiné à financer les projets d’accélération des
transitions au service des collectivités territoriales.
La fameuse
« gestion de crise » si prisée par les puissants sert à empêcher de
voir l’essentiel.
Elle cache les
raisons fondamentales d’une situation créée par le capitalocène : un
modèle économique pour le profit d’une minorité de possédants, basé sur
les énergies carbonées, envahissant tous les espaces de nos vies malmenées.
500 000 personnes meurent des effets de la
chaleur chaque année depuis 2020
Les corps
souffrent sous le soleil brûlant. La santé physique et mentale se
dégrade. Les accidents se multiplient. Les ouragans de
chaleur ôtent la vie. Les pluies diluviennes aussi ravageuses leur
succèdent. Selon l’Organisation mondiale de la santé, le taux de mortalité
des personnes de plus de 65 ans sur la planète a augmenté de
85 % en vingt ans. Près de 500 000 personnes meurent des effets de la
chaleur chaque année depuis 2020. En France, au moins 5 000 décès ont
été causés par des températures élevées en 2022. Les inégalités épaulent et
aggravent les effets des canicules qui touchent encore plus violemment les
femmes, les plus modestes, déjà victimes des difficultés à disposer d’un
logement de qualité ou d’accès à la santé.
Des chaleurs
aussi précoces, comparées à celles du milieu des étés lorsque le climat
n’était pas à ce point réchauffé, rendent les sociétés humaines de plus
en plus vulnérables. Et, elles malmènent les écosystèmes quand
les déficits hydriques se combinent avec des rayons du soleil qui brûlent tout
et font mourir la végétation. Même les végétalisations dans les villes
deviennent difficiles car les arbres plantés récemment ne résistent pas.
Les enjeux
climatiques et environnementaux sont constitutifs d’une nouvelle politique de
sécurité et de santé publique. Une politique pour le vivant. Y parvenir exige
une mobilisation politique, sociale, financière pour la bifurcation
d’un niveau peut-être plus important que ce qui a été fait pour la reconstruction
de la France et de l’Europe au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Se
pose le grand enjeu d’une sécurité sociale élargit à la sécurité sociale
écologique. Bien à rebours donc des thèses austéritaires accaparant les
« temps de cerveau disponible ».
Déjà, en
plusieurs endroits du monde, des mobilisations s’organisent pour porter le
« droit à la fraîcheur » comme droit
inconditionnel du bien-être du vivant.
Il s’agit à la
fois de la conquête du pouvoir des travailleuses et travailleurs
sur les conditions de travail. Au-delà c’est leur pouvoir sur les
productions elles-mêmes en lien avec les chercheurs et les étudiants qui
refusent de servir le capitalisme prédateur de la destruction. Il est en
même temps un projet politique pour transformer les villes, les transports, les
logements, garantir l’accès à l’eau, lutter contre les inégalités,
empêcher la bétonisation des terres agricoles et la destruction des
jardins partagés, mettre fin aux projets d’autoroutes et de grands travaux
inutiles, porter un nouveau projet de sécurité alimentaire avec
l’agro-écologie.
Le droit à la
fraîcheur se fait projet politique. La bifurcation environnementale
est un urgent enjeu civilisationnel.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire