lundi 4 mai 2026

« Loi de programmation militaire : la guerre comme seul horizon », l’éditorial de Stéphane Sahuc.



À l’Assemblée nationale, l’actualisation de la loi de programmation militaire est présentée comme une simple réponse « réaliste » à un monde plus dangereux. Trente‑six milliards d’euros de plus, pour 449 milliards d’euros au total, des stocks de munitions reconstitués, des programmes d’armes de nouvelle génération et un pays sommé de se tenir prêt en cas d’« état d’alerte de sécurité nationale ». Un dispositif des plus flous.

À entendre les discours officiels, il ne s’agirait que de lucidité stratégique. Mais derrière la froideur comptable et les mots martiaux, une évidence surgit : ils sont en train d’habituer la société à l’idée que la guerre, la réduction des libertés et la mort seraient redevenues acceptables. Au lieu d’interroger les causes profondes des conflits, au lieu de bâtir des mécanismes de désescalade, on nous demande désormais d’intégrer l’inacceptable comme horizon raisonnable.

Sous couvert d’urgence stratégique, le pouvoir installe une économie de guerre sans guerre déclarée. Un état intermédiaire où l’exception devient la norme.

Mobilisation industrielle, nouveaux régimes juridiques, encadrement de l’information, redéfinition du rôle des collectivités et même de la jeunesse : tout concourt à transformer silencieusement la société. D’un côté, on exige du peuple une « cohésion » de tranchée et un sens du sacrifice total en lui demandant d’être « prêt à accepter de perdre ses enfants ».

De l’autre, on sanctuarise les dividendes records et on refuse de toucher au portefeuille des plus riches. C’est la double peine : l’effort de guerre pour ceux qui triment, les profits de guerre pour ceux qui possèdent. Le pouvoir fait le pari d’un État militarisé sur les ruines d’une République sociale. Vouloir surarmer la France tout en laissant son contrat social s’effondrer, c’est poser un blindage sur un château de cartes.

Oui, le monde est instable. Oui, la France doit se défendre. Mais se défendre ne veut pas dire se résigner à la guerre. La loi de programmation militaire que veut mettre en place la Macronie est un immense transfert de richesses doublé d’un potentiel « Patriot Act » à la française. Un dispositif terrifiant qui sera aussi à la disposition de ceux qui gouverneront demain.

 

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