À l’Assemblée
nationale, l’actualisation de la loi
de programmation militaire est présentée
comme une simple réponse « réaliste » à un monde plus dangereux.
Trente‑six milliards d’euros de plus, pour
449 milliards d’euros au total, des stocks de munitions reconstitués,
des programmes d’armes de nouvelle génération et un pays sommé de se tenir prêt
en cas d’« état d’alerte de sécurité nationale ». Un dispositif des
plus flous.
À entendre les
discours officiels, il ne s’agirait que de lucidité stratégique. Mais derrière
la froideur comptable et les mots martiaux, une évidence surgit : ils sont
en train d’habituer la société à l’idée que la guerre, la réduction des libertés et la mort seraient redevenues acceptables. Au lieu
d’interroger les causes profondes des conflits, au lieu de bâtir des mécanismes
de désescalade, on nous demande désormais d’intégrer l’inacceptable comme
horizon raisonnable.
Sous couvert
d’urgence stratégique, le pouvoir installe une économie de
guerre sans guerre déclarée. Un état
intermédiaire où l’exception devient la norme.
Mobilisation
industrielle, nouveaux régimes juridiques, encadrement de l’information,
redéfinition du rôle des collectivités et même de la jeunesse : tout concourt à transformer silencieusement la
société. D’un côté, on exige du peuple une « cohésion »
de tranchée et un sens du sacrifice total en lui demandant d’être « prêt
à accepter de perdre ses enfants ».
De l’autre, on
sanctuarise les dividendes records et on refuse de toucher au portefeuille des
plus riches. C’est la double peine : l’effort de guerre pour ceux qui
triment, les profits de guerre pour ceux qui possèdent. Le pouvoir fait le pari
d’un État militarisé sur les ruines d’une République sociale. Vouloir surarmer
la France tout en laissant son contrat social s’effondrer, c’est poser un
blindage sur un château de cartes.
Oui, le monde
est instable. Oui, la France doit se défendre. Mais se défendre ne veut pas
dire se résigner à la guerre. La loi de programmation militaire que veut mettre
en place la Macronie est un immense transfert de richesses doublé d’un potentiel
« Patriot Act » à la
française. Un dispositif terrifiant qui sera aussi à la disposition de ceux qui
gouverneront demain.

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