mardi 12 mai 2026

L’hantavirus n’est pas un « nouveau Covid » mais une alerte, l’éditorial de Stéphane Sahuc.



L’Organisation mondiale de la santé (OMS) le répète : l’hantavirus n’est pas un « nouveau Covid ». Inutile, donc, de céder à la panique. Mais cette situation fait aussitôt surgir une question : si nous étions confrontés à un nouveau Covid, serions-nous prêts ? La réponse, d’une brutale simplicité, est non.

Selon les données de la Fédération hospitalière de France, à la mi-janvier 2026, on recensait, dans notre pays, 108 hôpitaux en tension et des dizaines de « plans blancs ». En dix ans, 43 500 lits d’hospitalisation complète ont été supprimés. Dans ce paysage médical dévasté, le moindre choc condamnerait le système à l’implosion.

À l’échelle mondiale, le tableau n’est pas moins alarmant. En mai 2026, l’accord de l’OMS sur les pandémies reste lettre morte. Les pays du Sud, marqués par l’expérience du Covid – quand les pays riches accaparaient vaccins et traitements –, refusent désormais de livrer « gratuitement » les données qui permettront à d’autres d’engranger des milliards. Ils exigent des garanties pour leurs propres populations.

En face, les géants pharmaceutiques brandissent la sécurité sanitaire mondiale pour exiger un accès libre et sans condition aux agents pathogènes. Hypocrisie ! Il s’agit, une fois encore, de sécuriser d’abord les intérêts des pays solvables. Le marché avant la santé.

La science est applaudie lorsqu’elle produit des vaccins rentables ; elle devient soudain inaudible lorsqu’elle met en cause la destruction des écosystèmes, le brevetage du vivant ou la logique marchande qui nourrit les zoonoses. Les attaques contre la recherche et l’asphyxie des ONG de terrain ne sont pas de simples débordements démagogiques. Elles visent à affaiblir tous les contre-pouvoirs capables de contester la gestion comptable de la vie humaine.

L’hantavirus est une piqûre de rappel autant qu’une alerte. Si un virus à propagation rapide et à forte létalité frappait demain, il s’engouffrerait dans des structures de soins démantelées et dans une société où la confiance envers la parole des autorités publiques et scientifiques a été méthodiquement sapée par l’austérité et les rodomontades trumpistes.

 

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