Dans les
services d’oncologie, les victoires tiennent à peu : quelques mois gagnés,
une tumeur qui recule, un espoir qui renaît grâce à un traitement qui
fonctionne enfin. Parmi ceux-là, le Keytruda. Cette immunothérapie, utilisée
contre de nombreux cancers, redonne du temps, de l’espoir. Mais à qui et à quel
prix ?
Après le travail de l’UFC-Que
choisir sur « les dérives
d’un modèle pharmaceutique insoutenable » qui pointait déjà le
Keytruda, c’est l’enquête « Cancer
Calculus », menée par l’International Consortium of Investigative
Journalists (ICIJ), qui met au
jour la réalité cynique et brutale. Le laboratoire Merck a transformé un
traitement en instrument financier.
Le scandale
n’est pas seulement celui d’un prix démesurément élevé. Il est celui d’un prix
conçu comme un outil de tri. Variable selon les pays, ajusté aux capacités de
paiement, maintenu artificiellement haut par une forteresse de brevets. Avec le
Keytruda, Merck organise un accès conditionnel à la survie. Ici, on soigne. Là,
on rationne. Ailleurs, on renonce.
Non parce que
la science fait défaut, mais parce que le business décide. Merck ne protège pas
une innovation, il organise le profit. Pendant ce temps, les revenus
explosent : 31,7 milliards de dollars de ventes en 2025, et près de
la moitié du chiffre d’affaires de Merck.
En 1792, à la
tribune de la Convention, Maximilien de Robespierre posait un
principe clair : « Quel est le premier objet de la société ?
C’est de maintenir les droits imprescriptibles de l’homme. Quel est le premier
de ces droits ? Celui d’exister. La première loi sociale est donc
celle qui garantit à tous les membres de la société les moyens d’exister ;
toutes les autres sont subordonnées à celle-là. »
Deux siècles
plus tard, ce droit premier continue de se heurter à un capitalisme sans limite
qui lui oppose celui de propriété, qui consiste à extraire le maximum de profit d’un
produit indispensable. Jusqu’à la
dernière goutte de rentabilité, jusqu’à faire de la vie une variable
d’ajustement.
Le Keytruda est
devenu un symbole : celui d’un monde où l’on sait soigner et sauver sans
rendre les soins accessibles à tous et en laissant mourir. Il serait temps de
revenir à Robespierre et d’affirmer que le droit d’exister ne se négocie pas.

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