Vincent Bolloré
a longtemps juré n’avoir « aucun projet idéologique ». Aucun
serment ne sonne plus faux, tant son empire
médiatique offre à l’extrême droite une caisse de résonance sans précédent. La création de son « Institut de
l’espérance » dissipe désormais toute ambiguïté.
Avec ce think
tank doté d’un corpus programmatique et placé sous le contrôle de sa holding
familiale, le milliardaire franchit un nouveau cap, 2027 en tête. La feuille de
route de cet « espace de réflexion d’inspiration chrétienne »
est limpide : retour à l’ordre moral, austérité économique, guerre aux
immigrés.
CNews, Europe 1
et le JDD ont préparé le terrain en normalisant les obsessions
réactionnaires. La mise au pas des maisons d’édition rachetées par son groupe
et l’élaboration d’un business plan politique complètent le dispositif, pour
fabriquer le prêt‑à‑penser d’un futur pouvoir aux visées ultraconservatrices,
antisociales et xénophobes. La méthode : désigner des ennemis de
l’intérieur, préempter la démocratie, discréditer toute contestation sociale
pour détourner l’attention des dividendes et des inégalités
Longtemps, les
états-majors capitalistes – tout en dictant leurs choix – se sont retranchés
derrière une prétendue neutralité économique. Désormais, leur ingérence dans le
champ politique est assumée. Leur credo : l’égalité serait un archaïsme,
le pluralisme un frein, et la démocratie un régime obsolète. Aux États‑Unis,
Palantir, le géant de la surveillance algorithmique, vient de publier les 22
thèses d’un manifeste glaçant, qui désigne la guerre comme horizon ultime et
revendique la capture de l’État par des infrastructures technologiques privées
dirigées par des élites éclairées – ingénieurs, patrons, industriels.
De la Silicon Valley aux beaux quartiers parisiens, cette internationale
de l’argent roi ne cherche plus de compromis avec le suffrage universel. Elle
œuvre à une recomposition autoritaire du pouvoir. Bolloré ne sera pas sur le
bulletin de vote. Mais ses idées, elles, pourraient bientôt gouverner. À moins
que des forces démocratiques et populaires ne se décident à faire front pour
désarmer ces pouvoirs économiques aux projets dystopiques.

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