mercredi 11 mars 2026

« Pour qui brûle le Moyen-Orient ? », la chronique de Patrick Le Hyaric.



L’agression guerrière déclenchée par la coalition américano-israélienne au Moyen-Orient enserre désormais les peuples de la région sous de destructeurs feux croisés et des répliques iraniennes dans de nombreux pays jusqu’au Liban, à nouveau martyr. Il faut arrêter cette folie et vite !

Les peuples n’ont pas eu leur mot à dire. Les parlements, notamment le Congrès des États-Unis n’ont pas été consultés avant le déclenchement de cette agression internationale. L’Organisation des Nations unies a une fois encore été mise de côté.

Il ne peut en être autrement quand l’objectif de l’imperium est d’imposer la force militaire comme nouvelle norme contre le droit commun, le droit humain pour un monde commun.

Les peuples du monde commencent à en payer le prix fort, avec la spéculation sur les prix des carburants qui va tout renchérir, puisque nos économies sont basées sur le pétrole, depuis les carburants, les engrais ou les plastiques.

Les grands groupes pétroliers remplissent leurs caisses pendant qu’on tue à Beyrouth, à Téhéran ou à Tel-Aviv.

On ne peut laisser croire que la mort d’innocents et les sacrifices nouveaux imposés aux peuples du monde se font au nom de la libération du peuple Iranien du joug d’une sanglante théocratie.

Le secrétaire d’État américain, Pete Hegseth, a dessillé les yeux pour clarifier l’enjeu en quelques mots froids et cyniques : « les États-Unis ne mènent pas un exercice de construction de la démocratie » a-t-il dit. C’est clair !

L’objectif des États-Unis est de s’emparer de l’Iran, comme ils tentent de s’approprier le Venezuela et asphyxient le peuple Cubain, tout en laissant leurs alliés d’extrême droite du pouvoir Israélien détruire méthodiquement la possibilité d’un État pour le peuple Palestinien.

Les guerres en cours qui tuent des innocents, femmes, enfants, travailleuses et des travailleurs, paysannes et paysans, détruisent des infrastructures, brûlent la terre, asphyxient les habitants de Téhéran et d’autres capitales de pays arabes sous les fumées noires et crasseuses des puits de pétrole en feu.

Il ne s’agit ici, ni des dommages collatéraux, ni « d’un mal nécessaire aujourd’hui pour un mieux demain ». C’est un projet impérialiste de reconfiguration du monde et de relance de l’accumulation capitaliste qui tente de se déployer sous nos yeux. Évidemment l (odeur du pétrole et de la malfaisante propagande s’acharnent à le cacher comme hier ils ont caché les véritables enjeux de la guerre déclenchée contre L’Irak ou L’Afghanistan.

Il s’agit de tenter de soumettre le Moyen-Orient au bon vouloir de l’impérialisme américain et de son sous-traitant local, L’État d’Israël qui au cœur de ce remodelage veut imposer un « Grand Israël ».

Il s’agit aussi de contrecarrer la montée en puissance de la Chine en la privant des ressources pétrolières du Venezuela et de l’Iran.

En même temps, les dirigeants nord-américains, qui ne supportent pas la contestation de l’hégémonie du dollar comme monnaie d’échange mondiale, nourrissent le projet de briser la coalition des pays membres des BRICs +. 

Les causes de ces guerres sont donc à rechercher, à la fois dans la volonté d’un projet géopolitique de domination et d’une relance de l’accumulation capitaliste au détriment du peuple américain lui-même qui commence à en payer un prix exorbitant. Il se rendra vite compte que le mot d’ordre n’est pas « l’Amérique d’abord » mais « le capital d’abord »

L’échec économique de la première phase du mandat de D. Trump avec la crise du pouvoir d’achat populaire américain et la poursuite de la désindustrialisation à la veille des élections de mi-mandat conduisent le grand capital américain à être encore plus agressif.

Dans ces conditions, la guerre est considérée comme un débouché politique et économique constitutif de la gestion capitaliste et de ses nécessités de relance de l’accumulation.

Ainsi, au mépris des alertes des scientifiques sur les dérèglements climatiques et des conférences mondiales pour le climat, se redéploie un capitalisme extractiviste et de prédation dans lequel Washington veut se garantir à long terme la production d’or noir et les couloirs d’approvisionnement, notamment le détroit d’Ormuz.

Derrière cette agression internationale, pointe le maintien d’une économie fondée sur les énergies carbonées et le service à quelques grands groupes pétroliers mondiaux surpuissants.

Tenter de conserver son statut de puissance « maîtresse du monde » avec la prééminence du dollar adossé à sa puissance militaire est un autre objectif fondamental de la Maison Blanche, alors que les pays du Sud cherchent à ouvrir la voie à la construction d’une « monnaie commune mondiale » pour des échanges internationaux plus équitables.

Or, pour faire payer leurs immenses déficits, les États-Unis ont besoin de conserver la prééminence de leur monnaie, combinée désormais à l’augmentation des droits de douane pour financer leurs dettes.

Les démonstrations de force trumpiennes ont aussi pour objectif de développer le complexe militaro-industriel soutenu par des fonds publics, qui donnera une illusion de « croissance » tout en constituant un outil de contrôle des matières premières, particulièrement les minerais rares indispensables au capitalisme numérique.

Chaque bombe qui tue, détruit, pollue, devient ainsi une source de profit et d’accumulation capitaliste de quelques-uns tandis que « l’économie de guerre » impose une austérité renforcée à toutes les citoyennes et citoyens.

La fuite en avant mortifère de production de toujours plus d’armes sophistiquées pour répondre aux nécessités des guerres, nourrit la croissance de l’accumulation capitaliste. Ce militarisme va de pair avec les développements numériques et l’intelligence artificielle. Ainsi, les États-Unis font usage de l’intelligence artificielle pour guider les bombardements sur le territoire iranien. Le pouvoir israélien utilise les technologies numériques dans ses guerres à Gaza et au Liban. Ce militarisme se généralise et met ses dangereuses cohérences au service d’une tentative de la relance capitaliste contre les peuples, contre la vie, contre l’humanité.

Et, les complexes militaro-industriels français, allemands, britanniques, italiens s’insèrent dans cette concurrence de production d’engins de feu et de mort, avec l’espoir de tirer quelques bénéfices des monstrueux engrenages en cours. C’est tout le sens du concept « d’actions défensives » contre l’Iran développées par le président de la République afin de justifier la poursuite de l’augmentation des budgets militaires au détriment de ceux pour l’hôpital ou l’école.

Ces tentatives de dépassements des contradictions capitalistes par une fuite en avant des capitalismes financiers, numériques, militaires, extractivistes sur fond de nationalisme renforcé ne sont pas un signe de force. Ils sont les symptômes de la fragilité financière, commerciale et politique d’un système à bout de souffle. Cela ne le rend pas moins dangereux.

Seulement, le jour n’est peut-être pas loin ou les États-Unis comme Israël et les forces du grand capital international devront faire face à leurs responsabilités historiques et aux demandes de justice économique et sociale, de démocratie véritable et de réparation climatiques.

Contre la théocratie des mollahs iraniens et la guerre de la coalition américano-israélienne nous devons à la fois soutenir un processus démocratique en Iran respectueux de la souveraineté des populations, protéger le peuple Libanais, soutenir les Palestiniens et un modèle de développement soutenable de Téhéran à Tel-Aviv, De Beyrouth à Ramallah, d’Amman au Caire.

Sans attendre cela passe par en cesser le feu immédiat et une négociation pour la paix sous l’égide de l’Organisation des Nations Unies. La force du droit doit primer sur le droit de la force.

 

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