Dimanche, les
électeurs ne choisiront pas seulement leurs maires et leurs conseillers
municipaux. Ils façonneront le paysage politique dans lequel se jouera
l’élection présidentielle de 2027. Les caciques de l’extrême droite le savent
mieux que quiconque : le Rassemblement national a investi plus
de 763 listes, contre 410 en 2020. C’est que le RN, jusqu’ici,
pâtit d’une faible implantation locale – un handicap dans sa course au pouvoir.
Il ne dirige qu’une quinzaine de municipalités, dont une seule grande ville, Perpignan.
Aussi ce parti
déploie-t-il une stratégie froide, patiente, méthodique
pour s’assurer le maillage territorial qui lui fait aujourd’hui défaut.
Dans son viseur, Marseille, Nice, Toulon, mais aussi toutes les digues qui le
tenaient jusque-là loin des exécutifs locaux. En appelant à isoler la gauche par un « cordon
sanitaire », l’extrême droite entend s’imposer comme arbitre
d’un second tour dont elle veut faire une répétition
générale. Elle voit même dans ces élections
municipales le laboratoire de « l’union
des droites » qu’elle appelle de ses vœux.
Les convergences
s’étalent déjà au grand jour. À Bourg-en-Bresse (Ain), un vice-président
LR du conseil départemental figure sur la liste conduite par une figure
locale de Reconquête, le parti d’Éric Zemmour. À Colmar (Haut-Rhin), le
patron de la fédération LR du département a rejoint la liste RN-UDR. Et, à Paris, Rachida
Dati refuse de dire que Sarah Knafo est d’extrême droite.
Lorsqu’en 1983,
le RPR et le FN s’étaient unis à Dreux
(Eure-et-Loir) pour chasser la gauche, cette alliance antirépublicaine avait
scandalisé la France. Les présents maquignonnages ne choquent plus grand
monde. Effet mortifère de la
normalisation qui gangrène désormais toute la vie
politique.
À gauche,
les divisions, les anathèmes rendent les alliances de second tour
incertaines. Refuser, entraver le rassemblement serait irresponsable,
suicidaire. Unie, la gauche sait déployer,
à l’échelle des communes, des politiques d’égalité, de justice
sociale et écologique, de création culturelle. Autant de barricades
démocratiques pour faire refluer l’extrême droite. Dans les têtes et dans
les urnes.

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