Depuis dimanche
soir, la France se trouve dans un paysage politique inédit. Jamais autant de
forces politiques ne se sont retrouvées à gérer des villes d’importance. Des
bascules à gauche attendues n’ont pas eu lieu, tandis que certaines villes, que
l’on pensait acquises, ont au contraire viré à droite. Rien n’est simple, et
c’est précisément pour cela qu’il faudrait prendre le temps de comprendre. Au lieu
de quoi on disqualifie. Ici on réduit des candidatures à des handicaps, là on
accuse une stratégie de rabougrir l’espace commun.
De fil en
aiguille, depuis plusieurs mois, les mots prononcés, les jugements définitifs
et les anathèmes creusent des fossés de plus en plus profonds, non seulement
entre les formations politiques, mais également entre leurs militants.
Heureusement, les électeurs de gauche, souvent, déjouent ces logiques de
séparation. Les reports de voix, dans de nombreuses communes, témoignent d’une
intuition persistante : celle que l’essentiel se joue ailleurs que dans
les frontières dressées entre les organisations.
Mais dans la
fracturation politique d’aujourd’hui se dessinent déjà les campagnes de demain.
Si rien ne change à gauche, la prochaine séquence électorale sera moins marquée
par un débat sur les attentes des classes populaires et des salariés – en
matière d’emploi, de logement, de santé ou d’éducation – que par un
affrontement entre deux gauches annoncées comme irréconciliables. Les
principaux bénéficiaires de cette situation sont la droite et l’extrême droite.
Elles n’ont
même plus besoin de combattre frontalement : il leur suffit d’attiser les
divisions, de caricaturer, de diaboliser – pendant que, de l’autre côté, on
s’emploie trop souvent à leur faciliter la tâche en s’appliquant à cliver
encore et encore.
Rien n’est
pourtant joué. Mais à une condition : sortir de la logique des mises en
cause réciproques pour rouvrir un espace de débat. Revenir aux questions
qui importent, aux transformations à engager, aux chemins concrets pour y
parvenir. Refaire de la politique une matière où s’élabore du
commun. Bref, remettre le changement et l’espoir à l’ordre du jour.

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