lundi 23 mars 2026

« Municipales 2026 : l’accession au pouvoir de l’extrême droite n’a rien d’inéluctable », l’éditorial de Maud Vergnol.



On respire un peu mieux ce soir. Le climat suffocant de cette campagne électorale n’aura pas vu déferler la vague brune qu’on pouvait redouter il y a encore quelques semaines. L’extrême droite, qui espérait faire de ce scrutin un tremplin pour la présidentielle, ne réalise pas la percée spectaculaire espérée, ni à Marseille, ni même à Toulon, chez la protégée de Marine Le Pen.

Mais le Rassemblement national (RN) consolide incontestablement son ancrage local et, dans le même mouvement, son entreprise de normalisation. Ses édiles ont été confortablement réélus, et le parti de Jordan Bardella a raflé de nombreuses villes moyennes. La fusion des droites a commencé dans les urnes, et le front républicain – le vrai – semble désormais bien fébrile, après des mois de confusionnisme dans le débat public visant à banaliser le RN. Son électorat n’a pas hésité à glisser des bulletins « Les Républicains » (LR) pour déloger la gauche de ses bastions, comme ceux du parti socialiste à Tulle ou à Clermont-Ferrand, qui bascule à droite pour la première fois depuis la Libération.

Mais la France montre à nouveau que l’accession au pouvoir de l’extrême droite n’a rien d’inéluctable, qu’avec l’unité populaire derrière des candidats de rassemblement et de vrais projets de transformation sociale la gauche peut lui barrer la route. En dépit du retour du discours mortifère des « deux gauches irréconciliables », les forces progressistes ont su retrouver le chemin de l’union pour enrayer cette vague brune.

Si elle n’y résiste pas uniformément, avec des échecs sévères, la gauche conserve les trois plus grandes villes du pays, et dirigera 8 des 10 plus grandes cités, infligeant une cinglante défaite à Rachida Dati dans la capitale et à François Bayrou à Pau. Elle réalise aussi de belles conquêtes, comme à Roubaix, Amiens, Saint-Étienne et Nîmes, où le communiste Vincent Bouget ravit la ville à la droite.

Ces municipales, dernière marche avant les scrutins décisifs de 2027, dessinent un paysage politique fragmenté, avec des dynamiques électorales bien plus complexes que ce que révèle le scrutin dans les grandes métropoles. Elles scellent surtout une fatigue démocratique aussi dramatique que décisive, avec une abstention qui atteint encore 43 %, témoignant s’il le fallait encore de l’éloignement durable entre une partie des citoyens et des institutions politiques, jugées déconnectées de leurs souffrances et impuissantes à changer leur vie. Il reste un an pour les convaincre du contraire.

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