On respire un
peu mieux ce soir. Le climat suffocant de cette campagne électorale n’aura pas
vu déferler la vague brune qu’on pouvait redouter il y a encore quelques
semaines. L’extrême droite, qui espérait faire de ce scrutin un tremplin pour
la présidentielle, ne réalise pas la percée spectaculaire espérée, ni à
Marseille, ni même à Toulon, chez la protégée de Marine Le Pen.
Mais le Rassemblement
national (RN) consolide incontestablement son ancrage local et, dans le même
mouvement, son entreprise de normalisation. Ses édiles ont été confortablement
réélus, et le parti de Jordan Bardella a raflé de nombreuses villes moyennes.
La fusion des droites a commencé dans les urnes, et le front républicain – le
vrai – semble désormais bien fébrile, après des mois de confusionnisme dans le
débat public visant à banaliser le RN. Son électorat n’a pas hésité à glisser
des bulletins « Les Républicains » (LR) pour déloger la gauche de ses bastions,
comme ceux du parti socialiste à Tulle ou à Clermont-Ferrand, qui bascule à
droite pour la première fois depuis la Libération.
Mais la France
montre à nouveau que l’accession au pouvoir de l’extrême droite n’a rien
d’inéluctable, qu’avec l’unité populaire derrière des candidats de
rassemblement et de vrais projets de transformation sociale la gauche peut lui
barrer la route. En dépit du retour du discours mortifère des « deux
gauches irréconciliables », les forces progressistes ont su retrouver le
chemin de l’union pour enrayer cette vague brune.
Si elle n’y
résiste pas uniformément, avec des échecs sévères, la
gauche conserve les trois plus grandes villes du pays, et dirigera 8 des 10 plus grandes cités, infligeant
une cinglante défaite à Rachida Dati dans la capitale et à François Bayrou à
Pau. Elle réalise aussi de belles conquêtes, comme à Roubaix, Amiens,
Saint-Étienne et Nîmes, où le communiste Vincent Bouget ravit la ville à la
droite.
Ces
municipales, dernière marche avant les scrutins décisifs de 2027, dessinent un
paysage politique fragmenté, avec des dynamiques électorales bien plus
complexes que ce que révèle le scrutin dans les grandes métropoles. Elles
scellent surtout une fatigue démocratique aussi dramatique que décisive, avec
une abstention qui atteint encore 43 %, témoignant s’il le fallait encore
de l’éloignement durable entre une partie des citoyens et des institutions
politiques, jugées déconnectées de leurs souffrances et impuissantes à changer
leur vie. Il reste un an pour les convaincre du contraire.

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