Sacerdoce : On
croyait avoir tout lu, tout vu, tout entendu du personnage, des accommodements
évidents aux mensonges éhontés. Des estrades électorales aux couloirs feutrés
du pouvoir, l’ancien président Nicoléon a toujours su faire de sa vie un récit
romanesque, tranchant comme des blagues vulgaires pour fins de banquets.
Voici donc que
nous parvient un manuscrit inattendu, venu non plus des hauteurs de la
République mais d’un ailleurs clos, rugueux, où le vacarme du monde ne pénètre
qu’à travers les lucarnes d’un quotidien ramené à l’essentiel. Un livre
supposément écrit en prison, que l’ex-chef de l’État nomme sa prison
intérieure. La bonne blague.
Si la vie est
trop courte pour lire de mauvais livres, c’est bien pour les besoins de la
chronique, et pour savoir, sinon comprendre, qu’il a fallu se forcer à
déchiffrer le Journal d’un
prisonnier (Fayard, la maison Bolloré). Rassurez-vous, non en achetant le livre, mais en se procurant les
épreuves de ce manuscrit.
L’après-midi du
mardi 9 décembre fut ainsi consacré à un sacerdoce éprouvant. Ce livre,
dont on doute fortement qu’il fut bel et bien écrit dans une cellule, et en si
peu de temps, aurait pu avoir pour sous-titre : « Nicoléon découvre
que la prison n’est pas le Club Med… »
Le livre du
« prisonnier » Nicoléon, entre témoignage et farce.
Creux : Car il faut s’infliger ces
pages où il se lamente au sujet des murs gris de la Santé, de sa douche sans
jet d’eau, de la petite salle de sport, du miroir de sa cellule trop bas ou
encore du bruit des autres prisonniers. Un chapelet d’obsessions, par lesquelles
pointe l’envie de passer pour un martyr.
Souvenons-nous
que, durant sa carrière politique, Nicoléon bombait le torse et assurait que
les prisonniers n’avaient pas à être choyés… Trois semaines auront suffi pour
publier un livre d’un peu plus de 200 pages, alors que nous reviennent à
l’esprit les mots de Boualem Sansal, écrivain innocent et malade, qui, à
81 ans, est sorti des geôles algériennes en déclarant : « Je
ne vais pas être détruit par une petite année de prison. »
Nicoléon, lui,
nous assène des pages et nous nous demandons s’il s’agit bien d’un témoignage
ou d’une farce. Vingt et un jours : le titre sonne creux, et le contraste
entre durée et prétention vire à l’absurde. Quand il décrit ses conditions de
détention, on dirait le script d’un week-end forcé dans un spa médiocre, pas le
récit d’une vie brisée.
Supercherie
grotesque, comme un exercice d’autocomplaisance au tarif d’une tragédie
surjouée. À 70 ans, l’homme est en pleine forme, mais condamné en première
instance pour « association de malfaiteurs » dans l’affaire des
financements libyens et pour « corruption » et « trafic
d’influence » dans l’affaire Bygmalion. Il écrit : « La tête
me tournait alors que je n’aspirais qu’à me retrouver seul pour penser à Carla
et aux enfants que je venais de quitter. » Ou encore : « En
m’asseyant sur le lit qui n’était pas fait, j’eus un choc. Je n’avais jamais
senti, y compris à l’armée lors de mon service militaire, un matelas plus
dur. » Pathétique.
Loin de
socialiser ou d’humaniser la figure d’un homme brisé, le livre se présente
comme un « témoignage » calibré, empaqueté pour un public déjà
acquis, prêt à verser dans la compassion ou la nostalgie. Beaucoup de
posture : il se dit « victime d’un système », « martyr
de la justice ». Puis de la politique : il rend hommage à
Fifille-la-voilà, assurant qu’il prendra bientôt « une position
publique » pour refuser désormais toute idée de front républicain
comme barrage à l’extrême droite. L’élu de 2007 entérine l’alliance des droites
avec le Rassemblement national. Logique.
Pathos : Franchement, que dire, sinon
rire, de cette tirade philosophique liée à l’épreuve carcérale : « À
l’image du désert, la vie intérieure se fortifie en prison » ?
Narcissisme stupéfiant, telle une quête pour susciter pitié, respect, communion.
Tout le texte respire le calcul : ce n’est pas le désespoir d’un détenu
qui s’exprime, mais la stratégie d’un homme public qui tente de revaloriser son
image.
Comme si
l’enfermement devenait une marchandise littéraire. Et quand il dénonce un « pouvoir
judiciaire devenu acteur politique », nous lisons une vengeance
idéologique, sous des couches de victimisation. Une imposture éditoriale, au profit d’une
autopromotion au pathos calibré assez indigne. Ou plutôt une indignité
absolue : utiliser un « séjour » pour réparer un
« destin » et le transformer en « transaction ».

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