Angoissante l’année 2025 l’aura été. Le
cru 2026 pourrait lui ressembler. Pourtant, prenons le temps de vivre. Je nous
souhaite donc une année insensée, poétique, intrépide. Une année qui déborde de
vie, de belles choses et d’espoir. Je nous souhaite des réjouissances qui
étincèlent, une année qui émeut, qui envole. Une année chaleureuse. Une année
qui bouscule, surprend. Qui fait grandir. Une année qui nous amène là où on ne
l’attendait pas, qui nous éveille. Une année à se battre pour ses rêves et ses
convictions. Une année pour soi, à soi. Pour se retrouver, pour aller à
l’essentiel. Je vous souhaite de ne plus avoir peur. Jamais. De l’autre, de la
vie, de soi. De se regarder dans les yeux, de se sourire, de se dire oui. Oui,
trois fois oui. A la vie, à l’amour. Un peu plus chaque jour. De s’apprivoiser,
de se pardonner. Je nous souhaite de continuer à grandir. D’apprendre de ses
erreurs, d’aller de l’avant. Je nous souhaite de la poésie, de la tendresse, de
la douceur, de la fraternité. Des rencontres qui font sens, des baisers qui ont
la saveur des premiers et des voyages que l’on n’oublie pas. Des voyages qui
transforment, qui font grandir, qui éveillent. Des étoiles au coin des yeux et
des mains qui se trouvent, se rassurent, s’apaisent. Des silences et des
frissons. Des livres qui font battre le cœur un peu plus fort et des mélodies
qui, en fermant les yeux, transportent au bout du monde. Des mots qui font écho,
qui rappellent que la vie est belle. Incroyable et belle. Je nous souhaite des
jours heureux, du bonheur, de la paix, de l’utopie, de la tolérance, de la
fraternité en cette nouvelle année 2026.
mercredi 31 décembre 2025
VŒUX !
« L’A69, et les renoncements environnementaux de la Macronie », l’éditorial de Marion d’Allard.
Feu vert. La cour administrative de
Toulouse a validé, mardi,
l’autorisation environnementale de l’A69. Les pelleteuses ne
couperont donc pas les moteurs. Pour l’instant. Car, dans la foulée, le
collectif La voie est libre, qui se bat depuis des années contre ce projet
inutile, a annoncé se pourvoir « immédiatement » en cassation
devant le Conseil d’État. Feu rouge ?
Cette énième
décision de justice rouvre un chapitre dans un dossier tentaculaire,
transformé en une interminable partie de Mille Bornes. Censé relier
Toulouse (Haute-Garonne) à la rocade de Castres (Tarn), le tronçon autoroutier
de 53 km, confié en
concession à la société Atosca, est devenu le terrain d’une opposition frontale.
Ses promoteurs
– au premier rang desquels le gouvernement – s’accrochent mordicus à
la nécessité prétendument impérieuse de désenclaver les villes de
Castres et Mazamet (Tarn), là où les défenseurs de
l’environnement et les élus de
gauche dénoncent la mise en service de « l’autoroute la plus chère de
France », au prix d’une bétonnisation outrancière d’espaces
naturels.
Si l’A69 a
de longue date dépassé le cadre du débat local, c’est que ce chantier est
un puissant révélateur des incohérences stratégiques d’un gouvernement qui
se complaît dans l’affichage de grandes ambitions environnementales, sans que
jamais les actes traduisent les belles paroles. De reculs en reniements,
la préservation de la nature, de la biodiversité et la lutte
contre le réchauffement climatique sont passées au second plan des
priorités politiques.
Si la France,
en la matière, ne fait pas exception, Emmanuel Macron a bel et bien
fait preuve de zèle. Rénovation thermique des bâtiments, zones à faibles
émissions, artificialisation des sols, pesticides… L’intention,
systématiquement, s’évanouit dans l’inaction.
« Zucman veut titiller le porte-monnaie des milliardaires américains », le billet de Maurice Ulrich.
Ils sont fous
les Californiens. Voilà qu’ils voudraient que leur État crée une taxe
de 5 % sur les patrimoines supérieurs à 1 milliard de
dollars. Et qui est à la manœuvre en plus des
syndicats de la santé qui portent la proposition ? Gabriel Zucman !
« La richesse des milliardaires californiens, dit-il, a explosé. 200 milliardaires possèdent
à eux seuls de l’ordre de 2 000 milliards de patrimoine, deux fois plus que
tous les milliardaires français. » Les recettes, évaluées à 100 milliards de dollars,
iraient à la santé, à l’éducation et à
l’aide alimentaire. Mais bizarrement les
milliardaires ne sont pas d’accord et d’abord les géants de la tech.
Qu’on imagine :
Larry Page, le fondateur de Google, dont
la fortune a augmenté de 61 % en un an pour
s’établir à 270 milliards, devaient s’acquitter de
12 milliards. Elon Musk avec ses 638 milliards pourrait en payer une
trentaine… « Une autodestruction », selon les termes
d’un investisseur. Soutenue par l’aile démocrate progressiste, la proposition
doit réunir 875 000 signatures pour être soumise à
un référendum populaire.
mardi 30 décembre 2025
L’ANNÉE 2025 VUE PAR L’HUMANITÉ
Condamnations de Sarkozy et Le
Pen, valse des gouvernements… 2025 : rétrospective d’une année politique
hors normes Entre paralysie
des institutions, débats fiscaux et feuilletons judiciaires, les douze mois qui
s’achèvent ont constitué le cru amer d’une France entre abattement et
ébullition, sous le feu mourant d’une Macronie en fin de règne.
En se
souhaitant une bonne année dans les premiers jours de 2025, espérait-on
vraiment que ce cru-là serait meilleur que le précédent, marqué par le séisme
provoqué par la dissolution de l’Assemblée et le refus de respecter le verdict des urnes ? Un an plus tard, nous
en subissons encore les répliques. En témoigne notre palmarès d’une nouvelle
année dingue, triste cirque d’un système institutionnel à bout de souffle.
La Ve République,
bien que moribonde, produit toujours ses effets. Même privée de majorité, même
divisée, même en fin de règne, la Macronie résiste. Quand elle perd, elle gagne
– surtout quand le Parti socialiste décide de lui offrir une béquille pour lui permettre
de présenter des budgets parmi les plus mortifères de ces dernières décennies.
Impasse
politique, crise budgétaire, déni de démocratie… Le fruit pourrit sur pied et
l’extrême droite attend qu’il lui tombe tout cru dans la gueule. Certes, Marine Le Pen,
condamnée, inéligible, devra
peut-être remiser au placard ses rêves élyséens, mais son grand remplaçant
Jordan Bardella, chouchou des médias y compris libéraux, est sur les rangs. Et
les exemples de ses petits copains triomphants partout dans le monde, de
Santiago à Tel-Aviv en passant par Rome, fournissent le carburant.
Tout aussi
spectaculaire que celle de François Bayrou, l’explosion en vol de la fragile union du Nouveau
Front populaire est l’autre enseignement de l’année. La gauche s’est écharpée
sur l’attitude à adopter face à la comédie des gouvernements macronistes sans
cesse renommés, avec, en fond, 2027 et la course à l’Élysée. Au point de ne pas
prendre la mesure de ses zones de force : même éparpillée, elle a su
mettre à l’agenda la taxe Zucman, le séparatisme des ultra-riches et les
grandes boîtes gavées d’argent public.
Confirmation à
chaque reportage, les Français sont usés de ce spectacle. Usés mais pas
apathiques. Si l’antidote définitif au poison du « il n’y a pas
d’alternative » n’a pas encore été trouvé, 2025 a été une année de luttes
– du succès inattendu de la pétition sur la loi
Duplomb à la digne colère des salariés
d’Arcelor, en passant par les cortèges pour la paix à Gaza, dans lesquels on
croise de plus en plus de visages jeunes. La clé pour débloquer traîne quelque
part par là, dans ce pays qui bout et attend le poing serré 2026, dernière
année pleine de la décennie Macron.
Les délinquants de l’année : Nicolas Sarkozy et
Marine Le Pen défrayent la chronique judiciaire
À votre droite,
un ancien président de la
République condamné à cinq ans de prison ferme pour association de malfaiteurs dans l’affaire des
financements libyens de la campagne présidentielle de 2007. À votre extrême
droite, une patronne du RN déclarée inéligible pour détournement de fonds
publics dans le dossier des assistants parlementaires européens.
Point
commun : Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen ont tous deux défrayé la
chronique judiciaire, en 2025, et vomi leur détestation des magistrats, des « juges
rouges » et de l’État de droit, appuyés à chaque fois par
les médias Bolloré. Savoureux de
voir cet écosystème d’habitude en croisade contre le « laxisme »
de la justice s’émouvoir de peines « trop sévères ». Peine
perdue.
Nicolas Sarkozy
n’a pas échappé à la prison, même s’il a surtout mieux transformé son court
séjour carcéral (vingt jours) en succès d’édition et en cirque médiatique. Quant à Marine Le Pen, elle a tenté de faire oublier que son parti a tapé
dans la caisse européenne, en jouant le refrain du scandale démocratique. Sans
convaincre au-delà de ses rangs, et pour cause : Jordan Bardella parti à
l’échauffement, le RN aura bien un candidat en 2027, même si la patronne est
recondamnée en appel début 2026.
La comédie de l’année : la valse des
gouvernements
L’année 2025
n’égale pas l’année 2024 et ses quatre premiers ministres différents (un record
depuis quatre-vingt-dix ans tout de même) mais elle nous a offert le gouvernement le
plus court de l’histoire de la République. Il ne s’est écoulé que quatorze heures entre la nomination des ministres
du cabinet Lecornu I, le 5 octobre, et sa démission, le 6 au matin.
Entre-temps, un
tweet de Bruno Retailleau, mécontent de la composition du gouvernement (où
revenait Bruno Le Maire aux armées) et laissant planer le doute sur le
maintien de la participation de LR. Une farce, d’autant que Sébastien Lecornu
avait mis près d’un mois (là aussi, un record) pour nommer un gouvernement en
tout point similaire à celui de
François Bayrou… lui-même quasiment identique à celui de Michel Barnier,
censuré en décembre 2024.
En faisant de
nouveau appel à des ministres dits de la « société civile » –
autrement dit, non élus –, Lecornu II a au moins un peu rebrassé le
casting, de toute façon largement interchangeable. Car s’il y a bien une
cohérence entre la totalité des gouvernements nommés depuis la dissolution,
c’est qu’ils ne sont là que pour appliquer la même politique : celle du
président et ce malgré la défaite de son camp et donc la perte de sa
majorité à l’Assemblée. Ce refus du
verdict des urnes étant la cause principale de l’instabilité.
Les oubliés de l’année : à Mayotte, les sinistrés
de Chido
Mayotte vivait
déjà la pauvreté, les tours d’eau hebdomadaires, les écoles surchargées et la
délinquance. Le 14 décembre 2024, le cyclone Chido venait raser le peu que
possédaient les Mahorais. Depuis maintenant plus d’un an, ces derniers n’ont pas vu
un seul euro de l’État, et survivent dans une précarité encore pire.
Sur place, les habitants,
qui se sont battus depuis 1841 pour demeurer Français, parfois au prix du sang,
sont épuisés du traitement colonial que leur réservent les différents gouvernements
d’Emmanuel Macron. Cerise sur le ghetto, le président de la République osait
lancer lors de sa visite sur l’île, quelques jours seulement après la
catastrophe qui a vraisemblablement
fait plusieurs centaines de morts : « Si ce n’était pas la France, vous seriez dix mille fois plus
dans la merde !
L’avancée de l’année : le consentement inscrit
dans la loi sur le viol
Le
23 octobre, les députés ont
définitivement adopté la nouvelle définition du viol dans le Code pénal en y introduisant la notion de consentement.
Désormais, « constitue une agression sexuelle tout acte sexuel non
consenti commis sur la personne d’autrui ou sur la personne de l’auteur ».
La notion de
consentement étant elle-même définie comme devant être « libre et
éclairée, spécifique, préalable et révocable ». Ce succès féministe
est aussi une victoire parlementaire, fruit d’un travail de concertation avec
les partis, les associations, les expertes de plus de deux ans, porté par l’écologiste
Marie-Charlotte Garin et la
macroniste Véronique Riotton.
Au passage, le
texte a aussi servi de révélateur : il a été adopté à l’unanimité de LFI à
LR. Seule l’extrême droite s’y est opposée.
La révélation de l’année : les 211 milliards
d’aides aux entreprises
N’y voyez
aucune flagornerie. Ce n’est pas parce que c’est (aussi) le directeur de l’Humanité
(et qu’on veut une augmentation) que l’on salue ici les conclusions du
sénateur communiste Fabien Gay en tant que rapporteur de la commission d’enquête parlementaire sur les
aides publiques versées aux grandes entreprises.
Non, c’est
parce qu’elle a fait œuvre d’intérêt général, en mettant en lumière le montant
ahurissant – 211 milliards
d’euros en 2023 – des aides attribuées via diverses subventions, prêts, crédits
d’impôts et niches fiscales. Un chiffre
que le citoyen a pu découvrir en même temps que les fonctionnaires de Bercy,
dont on a appris qu’ils ne disposent pas d’outil de suivi de ces montants.
Montant versé,
qui plus est, sans contrepartie, à l’heure où l’on réclame aux services publics
de se serrer drastiquement la ceinture. Certains groupes ont touché de l’argent
public et fermé des usines. C’est le cas de Michelin.
Pressé par la commission d’enquête, l’industriel a fini par rembourser
4,3 millions d’euros. À qui le
tour ?
L’échec de l’année : François Bayrou, pour
l’ensemble de son œuvre
François Bayrou pourra
toujours s’enorgueillir d’avoir réussi
à faire passer un budget après la censure de Michel Barnier en décembre 2024.
Il a, en réalité, surtout profité de passer après ce dernier, et de la volonté
du PS d’en finir moyennant trois francs six sous. Pour le reste, le passage du
Palois à Matignon restera probablement comme l’un des plus chaotiques, des plus
br
Sur le fond,
François Bayrou a échoué à rallier la population à son obsession : la dette. Le 15 juillet 2025, il présente une potion
budgétaire amère incluant une augmentation du temps de travail à salaire égal
avec la suppression de deux jours fériés… entre autres. Il échouera de la même
manière à gagner la confiance des députés, appelés à approuver son discours
alarmiste.
Sur la forme,
son auto-embourbement dans l’affaire des
violences de Bétharram – qu’il a
prise par-dessus la jambe dès le premier jour – a symbolisé la déconnexion d’un
homme politique qui a fait ses gammes dans les années 1970. Un monde où
régnaient des barons qui avaient rarement à rendre compte de leurs actes
passés.
L’événement sous-estimé : la partielle du
Tarn-et-Garonne
En plein drama
gouvernemental début octobre, la législative partielle dans la première
circonscription du Tarn-et-Garonne (Montauban) est presque passée inaperçue.
Elle a pourtant été l’occasion pour le patron de la droite dite républicaine, Bruno Retailleau, de
faire un nouveau pas en direction de l’extrême droite.
À quelques
jours du second tour entre une candidate PS et son adversaire ciottiste, allié
du RN, l’ex-ministre de l’Intérieur a appelé à ne « pas (donner) une
voix pour la gauche ». Une rupture pour la droite par rapport au
« ni-ni » (ni gauche ni Front national) de l’époque sarkozyste,
elle-même en rupture avec la politique du cordon sanitaire des années Chirac à l’Élysée. Pierre-Henri Carbonnel
(UDR) l’a finalement emporté.
L’« union
des droites » (en fait de la droite avec l’extrême droite) progresse dans
les têtes et dans les actes, en témoigne l’appel en ce sens de Nicolas Sarkozy à peine
sorti de prison.
La complicité de l’année : Bardella et Netanyahou
main dans la main
L’expression
est éculée et, pourtant, elle reste diablement pertinente : « Les
ennemis de mes ennemis sont mes amis. » Et même s’ils ont longtemps
été des ennemis. Mais la haine des Arabes et des musulmans efface tous les
contentieux entre le gouvernement israélien d’extrême droite et l’extrême droite
française.
Fin mars, le président du RN,
Jordan Bardella, successeur en
ligne directe de l’antisémite notoire Jean-Marie Le Pen, est invité à
Jérusalem sur fond de génocide à Gaza. Dédiabolisation ultime :
l’eurodéputé participe à un colloque sur la lutte contre l’antisémitisme avec
tout le gratin des néofascistes du monde entier.
Raout où le
journal l’Humanité est, lui, indésirable. Il ne faudrait pas raconter de
trop près ce mariage islamophobe, présenté comme une défense de la prétendue « civilisation
judéo-chrétienne », entre ceux qui revendiquent abusivement de parler
au nom de tous les juifs et ceux qui sont les héritiers des Waffen-SS et du
maréchal Pétain.
La grossière
opération de blanchissement vise à faire sauter « le verrou de
l’antisémitisme » qui freine l’arrivée du RN au pouvoir, selon ses
cadres, et à renvoyer le stigmate à la gauche, coupable de soutenir les
Palestiniens. Un crachat sur
l’histoire.
La personnalité de l’année : Amine Kessaci contre
la « narcocratie »
Il aurait
préféré ne pas apparaître dans notre palmarès, ou alors seulement pour son
livre Marseille, essuie tes larmes (le Bruit du monde). C’est avec tristesse que
nous proclamons Amine Kessaci personnalité de l’année, lui qui a vu son deuxième frère – Mehdi – être
abattu à Marseille, le 13 novembre, par des narcotrafiquants.
Militant
antidrogue depuis 2020, le fondateur de l’association Conscience n’a pas voulu
se taire malgré la douleur et les menaces. Et il y avait d’ailleurs plus de
politique dans ses interventions que dans beaucoup de prises de parole d’élus.
Pour autant, il appelle à l’aide. « Les responsables politiques qui ont
le pouvoir de changer les choses doivent reprendre le flambeau »,
martèle-t-il, forçant le respect.
Dignement, il a
parlé, répété, rabâché à longueur d’interviews. Du haut de ses 22 ans, Amine Kessaci continue de
se tenir droit face à la « narcocratie »
qui étend son « pouvoir sur nos vies » et endeuille tant de
familles, dont la sienne. Il n’est plus seul pour mener ce combat qui dépasse
les clivages politiques. Du moins, espérons-le.
La surprise de
l’année : la gauche mène la danse
À force de la
voir jouer en défense, on avait presque oublié que la gauche était capable
d’être offensive. Oui, la gauche peut imposer ses thèmes dans un débat
politico-médiatique d’ordinaire saturé par l’islamophobie, la xénophobie et les
discours sécuritaires. La preuve avec la taxe
Zucman et la pétition contre la loi
Duplomb.
Deux
initiatives de la société civile que la gauche institutionnelle, divisée et en
mal d’incarnation, a su investir pour mener la bataille culturelle. Dans
l’apathie du début de l’été, Éléonore Pattery, étudiante de 23 ans, dépose
sur le site de l’Assemblée une pétition intitulée « Non à la loi Duplomb – Pour la santé, la sécurité, l’intelligence
collective ». « Aujourd’hui, je suis seule à écrire mais non seule
à le penser », note-t-elle.
À raison :
2 131 000 personnes signent son texte. Une victoire politique mais
pas législative car la représentation nationale débattra, le 7 janvier, de la loi Duplomb mais ne revotera pas. Le raz-de-marée populaire est
similaire pour la taxe Zucman, du nom de l’économiste Gabriel Zucman qui veut
imposer à 2 % les patrimoines supérieurs à 100 millions d’euros.
85 % des Français y sont favorables mais pas une majorité de députés, qui
préfèrent défendre les ultra-riches.
Le figurant de l’année : Emmanuel Macron
Le
31 décembre 2024, le président de la
République promettait une révolution en Macronie : consulter le peuple. « L’espérance, la
prospérité et la paix du quart du siècle à venir dépendent de nos choix d’aujourd’hui,
observait-il. C’est pour cela qu’en 2025, je vous demanderai de trancher
certains sujets déterminants. »
Les naïfs qui y
ont cru ont dû être bien déçus : 365 jours sont passés et aucun référendum
n’est advenu. Dans une année marquée par l’instabilité politique qu’il a
lui-même provoquée, le président a même disparu par intermittence. La bataille politique
s’étant déportée au Parlement, Emmanuel Macron n’est plus tout à fait maître des horloges, regardant ses
ministres tomber comme des dominos.
Mais, magie de
la Ve République, le chef de l’État a tenu, malgré les appels à
sa démission et les chutes des gouvernements. Atteignant son plus faible niveau
de confiance depuis son élection selon différents sondages, il s’est par la
suite replié sur la défense et l’international, pré carré de l’Élysée, pour tenter de signaler encore sa présence,
annonçant ici la création d’un nouveau service militaire, là la construction
d’un futur porte-avions. Accordons-lui au moins ceci : la reconnaissance
(trop tardive) de l’État de Palestine.
La régression de l’année : l’industrie en
lambeaux
Depuis bien des
années, le constat d’une France en déclin industriel tout comme l’urgence d’un
sursaut font consensus. Récemment, le 11 décembre, le tribunal de Nanterre
prononçait la liquidation du groupe
Brandt. 750 emplois et autant de vies sont
en suspens.
Quelques jours
plus tard, les services de l’État validaient le plan social
d’ArcelorMittal, supprimant
608 postes, en particulier sur les sites de Dunkerque (Nord) et Florange
(Moselle). Cette hémorragie a malheureusement connu d’autres épisodes plus tôt
dans l’année. En novembre, c’était le groupe d’aciérie Novasco qui annonçait la
liquidation de la majorité de ses sites français. Un couperet parmi d’autres,
tant les fermetures se sont multipliées.
Dans le secteur
de la métallurgie, donc, mais aussi dans celui de l’automobile (Michelin,
Forvia, Valeo), de l’agroalimentaire (Teisseire, Blédina, Ynsect) ou de la
verrerie (O-I Glass). Selon la CGT, 483 plans de suppressions d’emplois, dont
364 concernent des sites industriels, ont été décidés entre septembre 2023 et
décembre 2025. Au total, ce sont plus de 107 000 emplois qui auraient été
touchés, dont près de la moitié pour la
seule industrie, laquelle ne représente plus que 10,6 % du PIB.
« Municipales 2026 : à gauche, le risque du jeu de massacre », l’éditorial de Sébastien Crépel.
Loin de nous
l’idée de jouer les rabat-joie. Mais la lucidité commande de regarder les
choses en face : les élections municipales
des 15 et 22 mars prochains s’annoncent très périlleuses. Dans de nombreuses villes où la gauche aurait toutes
ses chances en s’unissant, ses forces partiront divisées au premier tour,
sans que l’on n’en cerne bien la justification.
Pis encore,
elles pourraient aussi s’affronter au second tour, au
risque de faire le lit de la droite ou du RN, qui en profiterait
alors pour s’imposer dans des triangulaires sans être majoritaire en
voix. Cette désunion ne sera pas seulement le fait de villes à (re)
prendre à la droite, mais également, dans une poussée quasi
suicidaire, de communes actuellement dirigées par
des maires de gauche.
Comme souvent
en pareille situation, la responsabilité est
partagée. Le PS et LFI se disputent la première marche
du podium dans la course à qui se montrera le plus
inflexible. Dans Politis, Jean-Luc Mélenchon confirmait,
en novembre, cette attitude en ne ciblant que ses
« partenaires » de gauche.
« Les communistes ne proposent rien si ce n’est la reconduction des
sortants », osait le
fondateur de LFI, comme si ce principe qui a fait ses preuves pour
garder des villes à gauche pouvait être balayé d’un revers de
main. Les socialistes ne sont pas en reste en
excluant tout « accord national » avec LFI,
qui n’espérait que ça. « Comment comptent-ils gagner sans
nous ? » raille Jean-Luc Mélenchon.
Ce dernier, comme Olivier Faure, enjoint l’autre de donner des gages entre les deux
tours. « Nous n’accepterons pas (de) porter leurs valises », taclait le leader de
LFI. « Ce sera à l’insoumis Sébastien Delogu (à Marseille) de dire
ce qu’il veut faire », répondait en écho le chef des socialistes dans l’Humanité.
L’oubliée de ces rivalités est la population. À
quoi bon la sommer de choisir entre « deux gauches » si
c’est pour la livrer à la droite ?
La capitale cristallise cette situation, où les sondages font
craindre un jeu de massacre. « Il ne faut pas qu’un socialiste
soit maire de Paris », a affirmé la tête de liste LFI,
Sophia Chikirou. C’est malheureusement une ambition
partagée par Rachida Dati.
« La confusion plutôt que l’imposition des plus riches », le billet de Maurice Ulrich.
L’empire de presse de
Bernard Arnault marche
sur deux jambes. Les Échos et Challenges
pour celles et ceux que l’on appelle les CSP +, les catégories
favorisées à qui sont destinées
les analyses économiques libérales qui conviennent à leur
statut. Paris-Match, et surtout le Parisien, pour tout
ce qui relève de la philosophie de comptoir.
Ce dernier,
dimanche, titrait sur ce qui pour les Français est
devenu le principal problème de la situation actuelle à savoir :
« la classe politique ». Et le directeur des rédactions, Nicolas
Charbonneau, d’en rajouter : « Après trois mois de
discussions budgétaires, on recherche toujours un compromis entre des
élus qui s’y refusent. »
Mais pourquoi ?
Il n’y a pas de pourquoi. Tous les mêmes, qu’il s’agisse ou non de mettre à contribution
les hyper-riches,
de mettre à la diète les services publics, de pénaliser les chômeurs
et les plus modestes… La droite et la gauche renvoyées dos à dos… « Mal nommer les choses,
disait Albert Camus, c’est ajouter au malheur du monde. »
Ne pas les nommer, c’est choisir la confusion.
lundi 29 décembre 2025
« Aides publiques aux entreprises : regonfler la loi », l’éditorial de Laurent Mouloud.
Michelin ne
s’est pas dégonflé. Dans un arrêté paru vendredi 26 décembre au Journal
officiel, le groupe de pneumatiques a remboursé 4,3 millions d’euros
à l’État. Une somme qui correspond au crédit d’impôt pour la
compétitivité et l’emploi (Cice) que l’entreprise avait perçu pour l’achat de
huit machines-outils destinées au site de La Roche-sur-Yon, mais dont six ont
été expédiées en Espagne et en Roumanie avant que l’usine vendéenne ferme ses
portes.
Ce détournement
d’argent public avait été souligné lors de la commission
d’enquête parlementaire menée en tant
que rapporteur par le sénateur communiste et directeur de l’Humanité, Fabien
Gay. À l’époque, le patron de Michelin, Florent Menegaux, ne pouvant nier
l’évidence, avait estimé « pas anormal » que sa société le
rembourse. Il a tenu parole.
Ce geste n’est
pas que symbolique. Il crée un précédent qui doit servir d’électrochoc. Les
aides versées aux entreprises – 211 milliards
d’euros en 2023 – représentent
le premier poste budgétaire de l’État. Censées soutenir l’emploi et
l’investissement, elles sont pourtant distribuées sans contreparties. Et
s’évaporent, pour une part, en dividendes, rachat d’actions, voire – paradoxe
suprême – en plan de licenciements et en fermeture de sites.
Ce scandale
discret mine la justice sociale et alimente la défiance. Derrière chaque euro
public, un citoyen paie et attend que cet argent serve le bien commun. Pas la
destruction industrielle et la rente de quelques-uns. Les entreprises ne
peuvent être exonérées de comptes à rendre et des « efforts »
que l’État impose, chaque jour, au reste des citoyens et travailleurs.
La
conditionnalité des aides publiques est une nécessité démocratique, éthique,
sociale et économique. Et le cas Michelin montre que cela est possible.
Mais l’exemplarité ne peut pas reposer sur la seule bonne volonté des
entreprises.
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