Michelin ne
s’est pas dégonflé. Dans un arrêté paru vendredi 26 décembre au Journal
officiel, le groupe de pneumatiques a remboursé 4,3 millions d’euros
à l’État. Une somme qui correspond au crédit d’impôt pour la
compétitivité et l’emploi (Cice) que l’entreprise avait perçu pour l’achat de
huit machines-outils destinées au site de La Roche-sur-Yon, mais dont six ont
été expédiées en Espagne et en Roumanie avant que l’usine vendéenne ferme ses
portes.
Ce détournement
d’argent public avait été souligné lors de la commission
d’enquête parlementaire menée en tant
que rapporteur par le sénateur communiste et directeur de l’Humanité, Fabien
Gay. À l’époque, le patron de Michelin, Florent Menegaux, ne pouvant nier
l’évidence, avait estimé « pas anormal » que sa société le
rembourse. Il a tenu parole.
Ce geste n’est
pas que symbolique. Il crée un précédent qui doit servir d’électrochoc. Les
aides versées aux entreprises – 211 milliards
d’euros en 2023 – représentent
le premier poste budgétaire de l’État. Censées soutenir l’emploi et
l’investissement, elles sont pourtant distribuées sans contreparties. Et
s’évaporent, pour une part, en dividendes, rachat d’actions, voire – paradoxe
suprême – en plan de licenciements et en fermeture de sites.
Ce scandale
discret mine la justice sociale et alimente la défiance. Derrière chaque euro
public, un citoyen paie et attend que cet argent serve le bien commun. Pas la
destruction industrielle et la rente de quelques-uns. Les entreprises ne
peuvent être exonérées de comptes à rendre et des « efforts »
que l’État impose, chaque jour, au reste des citoyens et travailleurs.
La
conditionnalité des aides publiques est une nécessité démocratique, éthique,
sociale et économique. Et le cas Michelin montre que cela est possible.
Mais l’exemplarité ne peut pas reposer sur la seule bonne volonté des
entreprises.
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