La
décomposition jusqu’à la putréfaction de l’architecture institutionnelle de la
Ve République est bien avancée.
Elle poursuit
jour après jour son œuvre sous nos yeux, semant incrédulité et dégoût.
Oh, il y aura
bien des soubresauts, des faux-semblants, des coups de poker, de grands rideaux
des apparences déployés, tirés, repassés par des zombies et des sachants à
l’air pénétré, lisant l’avenir sur les rides creusées d’un système en perdition
avec la rigueur des bonimenteurs.
Leurs vulgaires
missions consistent à détourner les regards de l’essentiel : il n’y a pas
de majorité pour les politiques de soutien au capitalisme. La Constitution,
amputée de son préambule de 1946 par les maîtres de la finance et de la grande
industrie au nom de leur combat acharné contre le communisme, se fissure et se
délabre au rythme de l’agonie de l’hégémonie idéologique du néo-libéralisme.
Ce sont les graines du fascisme qui germent
Enferré dans
ses insolubles contradictions, en quête de nouvelles accumulations, le grand
capital a besoin de détruire tous les conquis sociaux et démocratiques, de
laminer le droit, de mettre le feu à l’État social pour « un capitalisme
d’État » – fusion de l’État et de l’oligarchie capitaliste, en niant les
nécessités de la bifurcation environnementale. Au-delà, pour eux, le
libéralisme en son sens politique doit être dépassé et subverti non pas
seulement dans « l’illibéralisme », comme on l’entend parfois, mais
dans une sécurisation du capitalisme que permettrait la fusion de l’État et du
capital, doublée d’un nouvel autoritarisme : ce sont les graines du
fascisme qui germent.
Nous en sommes
au point où les grands possédants peuvent se permettre de retoquer un Premier
ministre s’il a la timide audace d’évoquer un « faux gel » de la
contreréforme des retraites et l’idée saugrenue de demander une fictive obole
de quelques centimes à l’oligarchie. C’est dire la nature de l’aiguisement de
la guerre que livre la classe capitaliste aux dépossédés.
Évidemment,
tout ceci est maquillé par l’insupportable crissement de roue des voitures
officielles dans la cour des palais, les inutiles rencontres où chacun des
participants autour du président de la République sera sanglé à un
« système » honni, par l’organisation de la confusion et des
faux-semblants. Bref, c’est le théâtre de l’enfouissement des demandes
populaires sous des couches d’impostures.
Tout est
permis. Ceux qui ont servi le maître du palais depuis l’hôtel de Matignon font
savoir à la haute bourgeoisie qu’ils sont prêts à se mettre à leur service, le
jour où ils décideront de déloger leur roi adoré hier, enseveli aujourd’hui
dans les plus basses strates des enquêtes d’opinion.
Laisser attaquer, insulter, dénigrer sans cesse l’un
des partis de gauche ouvre la porte à la destruction de la gauche tout
entière !
Leur
mission : donner un peu d’air au système pour le faire perdurer encore un
peu. Le cœur de la politique ne devient ainsi que le jeu de rôles que ces
politiciens sans envergure se sont assignés. Qui dira que M. E. Philippe
est le défenseur de la retraite à 67 ans et du serrage sans fin des vis permettant l’investissement humain ?
Qui dira que le champion du tourniquet ministériel, Gabriel Attal, véritable moulin à paroles creuses, n’est que le co-responsable du désastre au même titre que M. Lecornu, l’organisateur de la mystification des prétendus
« grands débats » ? Et ce sévère Retailleau qui appelle à voter
pour l’extrême droite afin d’empêcher l’élection d’une candidate socialiste à
Montauban, le jour même où il quitte le navire macroniste. Voilà qui montre,
s’il en était besoin que laisser attaquer, insulter, dénigrer sans cesse l’un
des partis de gauche ouvre la porte à la destruction de la gauche tout
entière !
La
décomposition du fumier est lente. Accélérée par la crise financière de 2008,
la montée des aspirations populaires est en quête de perspectives
progressistes, une reconfiguration mondiale, le système vacille. Il tient tête
aux peuples tout en tentant d’obtenir leur consentement à leur propre malheur.
Les oreillettes des fondés de pouvoir, directement alimentées par la classe des
possédants et les marchés financiers, font couler le vieux débit des mêmes
« mots-bâtons » : dette, ordre, submersion migratoire, réduction
des dépenses, rejet de l’assistanat, lourdeur des charges et des normes…
Jusqu’à plus soif. Jusqu’au dégoût. Voici que pointent les « Soyez
responsables » pour faire accepter « l’économie de guerre »
alors que ce mois « d’octobre rose » nous fait mesurer l’ampleur des
besoins de santé face au développement des cancers.
Puis une
cohorte de sondeurs, d’éditorialistes, d’économistes se déplace en bande, de
plateau en plateau, pour parfaire la pédagogie du cercle de la raison
capitaliste. Ils encagent la pensée et le droit de penser. Hors-sol, loin de la
vie des usines et des villages, ils assènent, ils répètent leurs mots vides
pour que l’ouvrier, le petit paysan, l’artisan, le retraité acceptent la
soumission au capital.
Primat des intérêts du monde des affaires et de la haute
finance sur les intérêts populaires
Au nom d’une
prétendue démocratie et de la souveraineté, ils défendent le système unique, le
mythe de l’efficacité du régime présidentiel, sans même se rendre compte que,
deux phrases plus tard, ils se contredisent lorsqu’ils évoquent la loi des
marchés financiers qui décident de nos capacités d’emprunt ou la nécessité de
respecter les demandes de la Commission européenne.
Le
présidentialisme, imposant sa loi aux citoyens et aux institutions
parlementaires, n’est à l’extérieur qu’un fantôme, depuis que, dans les années
1980, la décision a été prise de connecter notre économie et le budget de la
nation aux marchés financiers. Toute parole d’un ministre de l’Économie, du
Premier ministre et du président, est indexée à la surveillance des marchés
financiers et des agences de notation. Ce primat des intérêts du monde des
affaires et de la haute finance sur les intérêts populaires et l’intérêt
général a été organisé par la droite et la direction socialiste. Les mêmes ont
ensemble violé le vote de 2005, sur le Traité constitutionnel européen pour le
faire adopter par la réunion d’un Congrès, sous les lambris du château de
Versailles, alors que Sarkozy venait d’enserrer la France dans le commandement
intégré de l’Otan.
Ainsi, la
souveraineté du peuple et la souveraineté de l’État sont entamées. Ainsi, la
monarchie élective voulue par la Ve République n’est plus que
la courroie de transmission des oligarchies et des milieux d’affaires. Mais
cela ne leur suffit plus à étancher leur soif d’accumulation.
Ils ont entamé
la déconstruction des institutions étatiques dès lors qu’elles protègent les
citoyens, écartés de tout débat, de tout choix, puisqu’il n’y aurait qu’une
politique possible : celle qui se fait contre ces derniers. Tout juste
sont-ils conviés aux piètres gesticulations de la comédie du pouvoir, pour
demander que les forces politiques s’entendent entre elles sur des programmes
décidés en dehors d’eux, et même en dehors du pays.
Les faux-semblants du gel de la contre-réforme des
retraites ou l’obole demandée aux grandes fortunes ne sont que les leurres
En effet, ce
mauvais théâtre est organisé pour cacher un élément fondamental : la
recommandation de la Commission européenne, le 19 juin 2024, qui enjoint à
la France d’accélérer le démantèlement des droits sociaux. Le président de la
République a fait répondre – par de hauts fonctionnaires – positivement à cette
injonction, le 19 décembre 2024, puis a accepté de porter les dépenses
militaires à 5 % des richesses produites, sans consultation du Parlement
et encore moins de nos concitoyens.
On peut donc
continuer à changer de Premier ministre chaque semaine ou dans trois mois, le
projet de budget reste absolument le même : austérité et militarisme. Les
faux-semblants du gel de la contre-réforme des retraites ou l’obole demandée
aux grandes fortunes ne sont que les leurres, les petits calmants pour tenter
d’acheter des neutralités de députés pour préserver les fondements du système.
Comme lors de la fin des vieilles monarchies, les rituels désuets, la
télé-présence, les manèges ministériels servent à cacher l’obsolescence entamée
du régime. Elle peut être grosse d’espoir pour porter radicalement un processus
communiste unitaire de transformation sociale, démocratique, écologiste et
féministe.
Ne pas
s’engager dans un tel processus est aussi gros de désespoir.
En effet, la
haute bourgeoisie a deux fers aux feux. Elle pousse le président de la
République à faire preuve de courage en faisant adopter un budget qui lui soit
favorable soit par filouterie parlementaire ou par décret ou encore, par
l’utilisation de l’article 16 de la Constitution, au nom de la nécessité
de « sortir du chaos ». Mais elle croit aussi le moment venu
d’organiser la coalition des droites qui s’extrémisent avec l’extrême droite
pour servir ses intérêts et de garantie de l’ordre. Une dissolution de
l’Assemblée nationale pourrait servir ce projet de bascule dans une nouvelle
configuration politique.
C’est à un puissant travail de construction d’une
active unité populaire pour un processus progressiste que devraient s’atteler
les forces agissant pour la transformation sociale et écologique.
Ainsi,
s’enfermer dans les seuls cadres institutionnels n’ouvre pas d’issue pour les
intérêts des salariés et de l’ensemble des travailleurs. Il convient de porter
la perspective révolutionnaire de dépassement – pour son abolition – du
système, à partir de la prise en main par les travailleuses et travailleurs de
leur vie, de leur pouvoir sur la production, de leur travail et la création
monétaire.
Il conviendrait
de subvertir le débat et de le déplacer du point de vue de l’intérêt du monde
du travail et de la création, et non plus le laisser se dérouler du point de
vue de l’intérêt des classes dominantes que la médiasphère – contre toute
réalité – fait confondre avec l’intérêt général.
C’est à un
puissant travail de construction d’une active unité populaire pour un processus
progressiste que devraient s’atteler les forces agissant pour la transformation
sociale et écologique. Tâche difficile certes. Mais la situation est devenue si
dangereuse qu’aucun effort ne doit être négligé pour une union de qualité
nouvelle comme avaient commencé à le faire les parties prenantes du Nouveau
Front populaire. De l’état de fumier doit commencer à germer
l’après-capitalisme.

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