Quand le crime
devient trop grand, l’humanité se tourne vers la statistique. Plus de
60 000 personnes tuées à Gaza ; 500 000 en situation de
malnutrition aiguë. Aussi vertigineuse soit-elle, la litanie des chiffres
ne dit jamais l’origine de l’atroce.
À Gaza, la mort
frapperait donc sans sniper pour tenir l’arme, sans pilote pour tirer le
missile, sans blocus pour affamer ? Ainsi, l’horreur du siècle se
mesure-t-elle à l’aune d’une arithmétique déshumanisante, d’un prisme
humanitaire dépolitisant. Les multiples déclarations de la hiérarchie militaire
et politique israélienne prouvent pourtant l’intention génocidaire.
Si Benyamin
Netanyahou en porte la responsabilité, l’ensemble des crimes ne peuvent lui
être imputés. Ils résident dans le projet colonial même. « Nous devons
tout faire pour nous assurer que les Palestiniens ne reviennent pas. Les vieux
mourront et les jeunes oublieront », écrivait déjà l’ancien premier ministre
israélien, David Ben Gourion. Nous sommes alors en 1948, et la Nakba (la
Catastrophe) pose les jalons d’une logique qui, loin d’être cantonnée à
l’histoire, se poursuit aujourd’hui. Un premier nettoyage ethnique qui n’a
jamais été appréhendé comme tel par la « communauté internationale ».
Pour poursuivre
son projet, Benyamin Netanyahou a bénéficié d’un alignement des planètes rare
en politique, né des massacres du 7 octobre perpétrés par le Hamas, de
l’appui d’une coalition d’extrême droite, de la passivité des pays arabes et de
l’Union européenne. De Joe Biden à Donald Trump, les États-Unis partagent quant
à eux le projet israélien de remodelage de la région.
Ceux dont le
verbe regorge de valeurs qu’ils voudraient universelles doivent faire cesser
l’horreur en mondovision. Si l’injustice venait à l’emporter, le monde ne
pourrait longtemps supporter le poids de ces dizaines de milliers de visages et
de noms qui hanteront la conscience de l’humanité. Autant de crimes qui, s’ils
restaient sans réponse, ouvriraient la porte à l’impunité généralisée.

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