La victoire
d’Abelardo de la Espriella – sur le fil du rasoir et entachée d’irrégularités –
est un coup de semonce. L’avènement de l’extrême droite en Colombie met
brutalement fin à l’expérience inédite de la gauche, qui, malgré des écueils et
bien des limites, a promu des réformes propres à bousculer l’ordre oligarchique
autoritaire qui avait jusqu’alors prévalu. Durant son mandat, Gustavo Petro s’est attelé à faire vivre de fragiles accords de
paix, malgré la détermination des paramilitaires et des cartels, et de De la
Espriella lui-même, à les faire voler en éclats.
Le triomphe de
cet avocat millionnaire, associé à de sulfureux personnages de l’uribisme et du
paramilitarisme, suscite à juste titre des inquiétudes. Le « Tigre »,
comme il aime à se surnommer, a multiplié les intimidations contre le candidat
de la gauche, Ivan Cepeda, et contre les formations portant l’histoire de ce
que la Cour interaméricaine des droits humains a reconnu comme un génocide des
militants de l’Union patriotique.
La
présidentielle colombienne confirme l’inquiétant virage pris en Amérique
latine, après le cycle électoral des années 2000 qui avait consacré la gauche
et le centre gauche. Le basculement à droite et à l’extrême droite dessine un
paysage continental digne des années de plomb des dictatures militaires. Un
nostalgique de Pinochet au Chili, un libertarien « fou » en Argentine, un « dictateur
cool » au Salvador,
et partout ailleurs, à quelques exceptions près, des présidents
ultraconservateurs obsédés par les questions sécuritaires et migratoires.
Ces adeptes de
la « main dure » appliquent un agenda néolibéral dévastateur pour les
classes moyennes et populaires. On observe ces mêmes phénomènes en Europe et
aux États-Unis. Nationalisme, libertarianisme, technofascisme cohabitent au
sein d’une internationale brune qui cherche à annihiler la moindre alternative
au capitalisme.
Donald Trump se
frotte les mains. Il voit en Abelardo de la Espriella un allié stratégique dans sa reconquête coloniale
de l’Amérique latine. La Colombie
est une tour de guet dominant un hémisphère Sud regorgeant de matières
premières. Mais sur ce continent, rien n’est jamais écrit d’avance. En Bolivie,
Rodrigo Paz, élu il y a un an avec le slogan « Le capitalisme pour
tous », essuie depuis sept semaines une
révolte populaire qui n’a pas
dit son dernier mot.

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