mardi 23 juin 2026

« Une Amérique latine dominée par l’extrême droite, l’éditorial de Cathy Dos Santos



La victoire d’Abelardo de la Espriella – sur le fil du rasoir et entachée d’irrégularités – est un coup de semonce. L’avènement de l’extrême droite en Colombie met brutalement fin à l’expérience inédite de la gauche, qui, malgré des écueils et bien des limites, a promu des réformes propres à bousculer l’ordre oligarchique autoritaire qui avait jusqu’alors prévalu. Durant son mandat, Gustavo Petro s’est attelé à faire vivre de fragiles accords de paix, malgré la détermination des paramilitaires et des cartels, et de De la Espriella lui-même, à les faire voler en éclats.

Le triomphe de cet avocat millionnaire, associé à de sulfureux personnages de l’uribisme et du paramilitarisme, suscite à juste titre des inquiétudes. Le « Tigre », comme il aime à se surnommer, a multiplié les intimidations contre le candidat de la gauche, Ivan Cepeda, et contre les formations portant l’histoire de ce que la Cour interaméricaine des droits humains a reconnu comme un génocide des militants de l’Union patriotique.

La présidentielle colombienne confirme l’inquiétant virage pris en Amérique latine, après le cycle électoral des années 2000 qui avait consacré la gauche et le centre gauche. Le basculement à droite et à l’extrême droite dessine un paysage continental digne des années de plomb des dictatures militaires. Un nostalgique de Pinochet au Chili, un libertarien « fou » en Argentine, un « dictateur cool » au Salvador, et partout ailleurs, à quelques exceptions près, des présidents ultraconservateurs obsédés par les questions sécuritaires et migratoires.

Ces adeptes de la « main dure » appliquent un agenda néolibéral dévastateur pour les classes moyennes et populaires. On observe ces mêmes phénomènes en Europe et aux États-Unis. Nationalisme, libertarianisme, technofascisme cohabitent au sein d’une internationale brune qui cherche à annihiler la moindre alternative au capitalisme.

Donald Trump se frotte les mains. Il voit en Abelardo de la Espriella un allié stratégique dans sa reconquête coloniale de l’Amérique latine. La Colombie est une tour de guet dominant un hémisphère Sud regorgeant de matières premières. Mais sur ce continent, rien n’est jamais écrit d’avance. En Bolivie, Rodrigo Paz, élu il y a un an avec le slogan « Le capitalisme pour tous », essuie depuis sept semaines une révolte populaire qui n’a pas dit son dernier mot.

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