Une hausse de
température de 4 petits degrés Celsius : dit ainsi, cela ne semble pas
insurmontable. C’est pourtant le défi du siècle. La France, comme la planète
entière, se réchauffe. Mais plus vite et plus fort que le reste du monde. Le
pire est à venir, à croire la géographe Magali Reghezza-Zitt.
« On est en train de vivre l’une des années les plus froides du reste
de notre vie », résumait de
manière saisissante, le 22 juin, sur France Inter, cette ancienne membre du Haut Conseil pour le climat.
Réjouissons-nous que les canicules soient encore fraîches…
Quatre degrés
supplémentaires, c’est une moyenne, selon un scénario de référence pour 2100
établi par Météo France à la demande du gouvernement. Mais ce chiffre recouvre
une diversité de situations qui risque de rendre difficilement vivable notre
pays, dont les structures sont adaptées à un climat dit « tempéré ».
Cette situation
géographique optimale vantée dans les vieux manuels scolaires ne sera-t-elle
plus qu’un souvenir dans dix, vingt ou cinquante ans ? En réalité, le climat a déjà changé et
ne ressemble plus à la France « des genêts de Bretagne aux
bruyères d’Ardèche » chère à Jean Ferrat. Deux degrés de plus, soit la
moitié du réchauffement attendu d’ici à 2100, sont désormais notre quotidien.
Et déjà, on suffoque. Les 42 ou 43 °C ont été franchis
localement en début de semaine.
Quatre degrés
de plus, cela signifie concrètement dix fois plus de jours de vagues de
chaleur. Des pointes à 50 °C seront possibles vers 2050, peut-être avant,
et courantes en 2100. Pour rappel, cette température n’a encore été atteinte en
nul point de notre pays. Et on ne parle pas des pluies diluviennes ni des
sécheresses saisonnières extrêmes. Les enfants qui naissent aujourd’hui devront
vivre sous la mousson du Gard et la saison sèche de la Creuse.
C’est dire si
l’adaptation au changement du climat est devenue aussi déterminante et urgente
que la lutte contre ce dernier. Mais alors que les trajectoires climatiques
sont fortement dépendantes du respect par les différents pays des accords
internationaux, à l’instar de celui de Paris, le chantier de l’adaptation est
d’abord une question nationale. Le temps presse : depuis 2021, les
scénarios du réchauffement ont été revus à la hausse pour la France.
Et, malgré
cela, l’intensité et la durée de la vague de chaleur qui a frappé en ce mois de
juin ont encore surpris les prévisionnistes. Mais si la température s’emballe, le gouvernement, lui, freine
brusquement toute ambition politique digne de ce nom. Crédits
réduits pour la rénovation des bâtiments, « fonds vert » pour les
collectivités passé de 2,5 milliards en 2024 à 850 millions d’euros
cette année. L’austérité est l’alliée du réchauffement.
Jamais avare de
diversion démagogique, le RN a lancé le débat sur la climatisation à tout-va
comme réponse à tous nos maux, alors qu’elle ne peut être qu’une solution de
secours pour une partie des plus fragiles dans les Ehpad, les écoles, les
hôpitaux. Mais, pour cela, il faut débloquer des moyens, donc rompre avec
l’austérité.
Où est le RN quand il faut
l’exiger ? Et quid des millions de résidents du logement
social, des travailleurs des métiers pénibles ? Surtout, la climatisation
ne fait que déplacer la chaleur, donc le problème. Or, pendant ce temps,
s’éteint doucement l’ambition de végétalisation des villes et des villages, de
l’aménagement cyclable, de la rénovation des écoles, solutions bien plus
durables et, finalement, plus efficaces.
L’austérité met
en danger d’abord les plus vulnérables : eux n’ont ni climatiseur ni
piscine à domicile pour se rafraîchir. Ils ne peuvent compter que sur le
service public. La lutte pour l’adaptation est leur lutte, une lutte de classe.

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