Dans le monde de la presse, l’intelligence
artificielle bouleverse déjà profondément les métiers. Des
rédactions fragilisées par des années de concentration capitalistique voient
arriver des outils capables de produire des articles ou des images en quelques
secondes. Un véritable pillage de contenus sans contrôle, sans consentement,
sans rémunération des auteurs. Certains propriétaires y voient une opportunité
de réduire encore les coûts, de remplacer des journalistes, des secrétaires de
rédaction, des iconographes ou des correcteurs et correctrices par des
machines.
Mais une
démocratie pleine et entière ne peut survivre sans journalistes formés, ni
enquête de terrain, ni analyse, ni vérification de ses sources.
L’information n’est pas une marchandise. Elle exige du temps, de la contradiction
et surtout une conscience humaine. Aucun algorithme ne remplacera le regard
d’un reporter ou une interview face à une grève, une guerre ou une injustice
sociale.
Le risque est
grand d’une information standardisée, d’images et de vidéos truquées, où la
vérité est supplantée par la désinformation et la manipulation. Après avoir
mené pendant quinze ans une bataille pour faire reconnaître les droits voisins
face à des plateformes numériques, une autre bataille s’ouvre à l’heure où les
moteurs de recherche classiques deviennent obsolètes avec l’IA. Face à cette
prédation des contenus, il est urgent de faire reconnaître une présomption
d’utilisation comme le suggère une proposition de loi transpartisane, votée au
Sénat mais toujours pas inscrite à l’Assemblée nationale.
De plus, ce
progrès porte en lui une autre menace : derrière chaque requête adressée à
une IA générative se cachent des centres de données gigantesques avec leurs
quantités colossales d’électricité, leurs millions de litres d’eau utilisés
pour refroidir les serveurs, leurs minerais rares extraits dans des conditions
souvent dramatiques. Le numérique repose sur une exploitation des ressources
naturelles et du travail humain, épuise la nature et le vivant.
Alors que les
libéraux demandent aux peuples de réduire leur consommation énergétique, ils
soutiennent sans limite une industrie numérique dont l’empreinte carbone
explose. Le capitalisme prédateur dans toute sa splendeur, provoquant
inflation, précarité et dérèglement climatique, comme nous venons encore de le
vivre avec le mois de mai le plus chaud de l’histoire.
Et pendant ce
temps, les logiques guerrières s’installent partout et l’intelligence
artificielle devient un instrument militaire. Des drones autonomes aux systèmes
de surveillance de masse, la technologie participe désormais directement à la
guerre contemporaine. Or, la paix ne se construit pas avec des algorithmes.
Elle se construit par la coopération, le droit international, la justice
sociale et la souveraineté des peuples.
Nous devons
refuser cette fatalité technologique. L’intelligence artificielle peut être
utile si elle est un outil au service de l’humain, encadré démocratiquement,
transparent, soumis à des exigences sociales et écologiques strictes. Même le
pape semble considérer qu’il serait temps d’ouvrir les yeux. « L’intelligence
artificielle doit être désarmée, (…) libérée des logiques qui en font un
instrument de domination, d’exclusion ou de mort. »
Face aux
empires numériques et aux marchands de guerre, le progrès n’a de sens que s’il
sert l’émancipation. Faisons confiance à l’intelligence humaine !

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