lundi 15 juin 2026

« Attention à l’orthographe », l’éditorial de Marie-José Sirach.



Alors que des dizaines de milliers de lycéens passent le bac, concentrés sur l’examen mais surtout stressés par Parcoursup, cette épée de Damoclès qui décide algorithmiquement de leur accorder une place ou non dans le cursus universitaire de leur choix, le ministre de l’Éducation nationale parle orthographe. C’est sa lubie, son obsession.

« Toute copie qui n’a pas un niveau suffisant en termes d’orthographe, de syntaxe et de grammaire ne peut pas avoir la moyenne au baccalauréat », répète-t-il en boucle. Venant d’un ministre qui, sur le plateau de l’émission C à Vous, commet une faute en écrivant le mot « accueil » – le u, avant ou après le e ? Quel dilemme (avec deux m), n’est-ce pas, monsieur le ministre ? De votre part, on s’attendait à mieux, question orthographe.

Pourquoi cette obsession de la sanction ? C’est à se demander si le ministre ne rêve pas d’une orthographe corsetée, d’une langue qui marche au pas, d’une syntaxe le petit doigt sur la couture, qui n’admet aucune liberté langagière. C’est comme la jeunesse, on la tolère quand elle ne moufte pas. Et pour anticiper toute velléité de rébellion, on lui colle Parcoursup, histoire de la maintenir sous pression ; on lui interdit de danser dans les raves ; on la sanctionne quand elle manifeste pour la Palestine ; on la lacrymogène (pardonnez ce barbarisme, monsieur le ministre) quand elle manifeste pour la planète.

Mais la jeunesse se rebiffe. Et elle ne plie pas. Hier, c’étaient les élèves de la prestigieuse école d’ingénieurs AgroParisTech qui, au cours de la cérémonie des diplômes, avaient dénoncé « une formation qui pousse (…) aux ravages sociaux et écologiques ». Aujourd’hui, ce sont les élèves de Polytechnique qui dénoncent la mainmise des industriels sur leurs formations. Et comme ils ont de l’humour, ils se sont amusés à lancer, devant une assemblée médusée, un « Actionnaires de tous les pays, unissez-vous ! »

Alors vous pouvez, monsieur le ministre, lui parler d’orthographe à longueur d’antenne. Vous n’empêcherez pas la jeunesse, même au futur simple, de rêver, de danser, de rire, de s’indigner. Pour un autre futur.

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