Alors que des
dizaines de milliers de lycéens passent le bac, concentrés sur l’examen mais
surtout stressés par Parcoursup, cette épée de Damoclès qui décide
algorithmiquement de leur accorder une place ou non dans le cursus
universitaire de leur choix, le ministre de l’Éducation nationale parle
orthographe. C’est sa lubie, son obsession.
« Toute copie qui n’a pas un niveau suffisant en termes d’orthographe,
de syntaxe et de grammaire ne peut pas avoir la moyenne au baccalauréat », répète-t-il en boucle. Venant d’un ministre qui, sur
le plateau de l’émission C à Vous, commet une faute en écrivant le mot
« accueil » – le u, avant ou après le e ? Quel dilemme (avec
deux m), n’est-ce pas, monsieur le ministre ? De votre part, on
s’attendait à mieux, question orthographe.
Pourquoi cette
obsession de la sanction ? C’est à se demander si le ministre ne rêve pas
d’une orthographe corsetée, d’une langue qui marche au pas, d’une syntaxe le
petit doigt sur la couture, qui n’admet aucune liberté langagière. C’est comme
la jeunesse, on la tolère quand elle ne moufte pas. Et pour anticiper toute
velléité de rébellion, on lui colle Parcoursup, histoire de la maintenir sous
pression ; on lui interdit de danser dans les raves ; on la
sanctionne quand elle manifeste pour la Palestine ; on la lacrymogène
(pardonnez ce barbarisme, monsieur le ministre) quand elle manifeste pour la
planète.
Mais la
jeunesse se rebiffe. Et elle ne plie pas. Hier, c’étaient les élèves de la
prestigieuse école d’ingénieurs AgroParisTech qui, au cours de la cérémonie des
diplômes, avaient dénoncé « une formation qui pousse (…) aux ravages
sociaux et écologiques ». Aujourd’hui, ce sont les élèves de
Polytechnique qui dénoncent la mainmise des industriels sur leurs formations.
Et comme ils ont de l’humour, ils se sont amusés à lancer, devant une assemblée
médusée, un « Actionnaires de tous les pays, unissez-vous ! »
Alors vous
pouvez, monsieur le ministre, lui parler d’orthographe à longueur d’antenne.
Vous n’empêcherez pas la jeunesse, même au futur simple, de rêver, de danser,
de rire, de s’indigner. Pour un autre futur.

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