L’affaire
Lyhanna sera-t-elle l’affaire de plus ou l’affaire de trop ? Le meurtre de
cette enfant de 11 ans a provoqué une véritable onde de choc dans tout le
pays. Depuis le 4 juin et la découverte du corps, les manifestations
s’enchaînent pour réclamer
des mesures à la hauteur du drame. Derrière l’émotion, la colère enfle. Tout
comme la désagréable impression que le gouvernement tente l’esquive, sans
prendre la mesure de la situation.
De fait, depuis
dix jours, l’exécutif – Darmanin et Macron en tête – ne semble capable que de se réfugier dans un pur
déni. Plutôt que de reconnaître sa responsabilité
politique, le garde des Sceaux « terrifié » a pointé, tout comme le
président de la République, « un dysfonctionnement individuel
inacceptable » et « un choc ».
Un vrai
festival d’hypocrisie. Depuis bientôt dix ans, la Macronie au pouvoir
n’a-t-elle pas, au contraire, parfaitement « accepté » de maintenir
la justice dans un état de dysfonctionnement budgétaire largement
documenté ?
Personne ne
peut croire que le ministre a découvert, ce 4 juin 2026, que la France
comptait deux fois moins de juges et quatre fois moins de procureurs que la
moyenne européenne. Que 94 % des plaintes
déposées finissent classées sans suite, souvent faute de moyens d’enquête suffisants. Que dans ce pays, qu’il
ambitionne de vouloir présider, le budget de la justice par habitant est deux
fois moins élevé qu’en Allemagne.
Ces
statistiques, et les rapports explicites qui les accompagnent (Sauvé en 2022,
Ciivise en 2023), l’ancien locataire de la place Beauvau ne peut les
ignorer. Il en sait également les conséquences. Des magistrats sous pression
constante, noyés sous l’empilement des actes à réaliser et des injonctions
ministérielles, obligés de « trier » les cas de violences sexuelles
sur mineur, entre urgences relatives et urgences absolues… Ces conditions de
travail en flux tendu, toujours sur le fil, rendent les erreurs individuelles
inévitables.
Gérald Darmanin
est au courant. Mais plutôt que de s’attaquer à ce dysfonctionnement-là,
l’admirateur de Nicolas Sarkozy vibrionne, se pousse du col, passant d’une
priorité à une autre, sans moyens adéquats ni
cohérence, si ce n’est la mise en scène
permanente de sa propre personne. La magistrature, elle, est sommée de faire
tourner l’intendance. Coûte que coûte. Et de servir de fusible lorsqu’il s’agit
de payer le prix d’une politique inconséquente.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire