vendredi 19 juin 2026

« Pour vivre riches, vivons cachés », l’éditorial de Cédric Clérin.



Pour vivre heureux, vivons cachés. Un adage que la bourgeoisie a toujours fait sien. Aujourd’hui encore, la fortune des plus riches demeure l’un des secrets les mieux gardés de la République. C’est cette véritable « boîte noire », selon les propres termes des sénateurs, que les élus ont tenté de percer, pour faire la lumière sur ces contribuables millionnaires qui paient peu, voire pas d’impôts. Ce qu’ils ont pu trouver est déjà édifiant. Sur plus de 56 000 foyers assujettis à l’IFI (impôt sur la fortune immobilière) – donc millionnaires –, le taux moyen d’imposition est inférieur à 10 %. Pire, pour plus de 13 000 d’entre eux, ce taux est nul, voire négatif.

Comment en est-on arrivé là ? La réponse est malheureusement simple : l’impuissance publique organisée. Depuis la suppression de l’ISF, décidée en 2017 par Macron, l’État s’est privé d’un outil essentiel de connaissance. Faute d’obligation déclarative complète, il ne dispose plus d’une vision claire des patrimoines et des revenus. Sans données, pas de diagnostic, pas de politique publique ; et sans politique, aucune correction des inégalités. Autrement dit, le pouvoir a lui-même déployé un écran de fumée autour des grandes fortunes.

Derrière ce voile, prospèrent toutes les formes d’optimisation, de contournement et de fraude. Une catégorie de citoyens échappe à la solidarité nationale et les gouvernements successifs détournent les yeux. Les mêmes, pourtant, qui invoquent la dette à longueur de discours et appellent aux sacrifices de notre modèle social. Dans le même temps, ils accentuent la pression sur les plus fragiles. Chômeurs, allocataires du RSA : ceux-là sont scrutés, contrôlés, sommés de justifier chaque euro perçu.

Signe que le malaise est profond, la première initiative visant à percer l’opacité des grandes fortunes émane d’un Sénat que l’on sait peu enclin aux élans révolutionnaires. « La contre-révolution est dans l’administration des finances », ayant pour but « de favoriser les riches créanciers, de ruiner et de désespérer les pauvres », disait Robespierre. Le scandale est tel qu’il fait aujourd’hui, contre toute attente, de nouveaux adeptes.

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