Pour vivre
heureux, vivons cachés. Un adage que la bourgeoisie a
toujours fait sien. Aujourd’hui
encore, la fortune des plus riches demeure l’un des secrets les mieux gardés de
la République. C’est cette véritable « boîte noire », selon les
propres termes des sénateurs, que les élus ont tenté de percer, pour faire la
lumière sur ces contribuables millionnaires qui paient peu, voire pas d’impôts.
Ce qu’ils ont pu trouver est déjà édifiant. Sur plus de 56 000 foyers
assujettis à l’IFI (impôt sur la fortune immobilière) – donc millionnaires –,
le taux moyen d’imposition est inférieur à 10 %. Pire, pour plus de
13 000 d’entre eux, ce taux est nul, voire négatif.
Comment en
est-on arrivé là ? La réponse est malheureusement simple :
l’impuissance publique organisée. Depuis la suppression de l’ISF, décidée en
2017 par Macron, l’État s’est privé d’un outil essentiel de connaissance. Faute
d’obligation déclarative complète, il ne dispose plus d’une vision claire des patrimoines et des
revenus. Sans données, pas de diagnostic,
pas de politique publique ; et sans politique, aucune correction des
inégalités. Autrement dit, le pouvoir a lui-même déployé un écran de fumée
autour des grandes fortunes.
Derrière ce
voile, prospèrent toutes les formes d’optimisation, de contournement et de
fraude. Une catégorie de citoyens échappe à la solidarité nationale et les
gouvernements successifs détournent les yeux. Les mêmes, pourtant, qui
invoquent la dette à longueur de discours et appellent aux sacrifices de notre
modèle social. Dans le même temps, ils accentuent la pression
sur les plus fragiles. Chômeurs,
allocataires du RSA : ceux-là sont scrutés, contrôlés, sommés de justifier
chaque euro perçu.
Signe que le
malaise est profond, la première initiative visant à percer l’opacité des
grandes fortunes émane d’un Sénat que l’on sait peu enclin aux élans révolutionnaires.
« La contre-révolution est dans l’administration des finances »,
ayant pour but « de favoriser les riches créanciers, de ruiner et de
désespérer les pauvres », disait Robespierre. Le scandale est tel
qu’il fait aujourd’hui, contre toute attente, de nouveaux adeptes.

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