Les droits
mettent des siècles à se conquérir, quelques semaines à se perdre. À un an de
l’élection présidentielle, alors que son bilan en matière de libertés publiques
est déjà accablant, Emmanuel Macron ne désarme pas. Le projet de loi de programmation militaire
« pour faire face au retour de la guerre » – dont l’examen n’a pas
été achevé dans les délais prévus et devrait reprendre le 18 mai – en est
une nouvelle illustration.
Il fixe d’ici à
2030 les grandes orientations et les moyens des armées françaises, prévoit un
budget de 36 milliards d’euros supplémentaires pour atteindre
436 milliards (sans préciser comment les financer), mais propose également
d’instaurer un « état d’alerte de sécurité nationale ».
Autrement
dit : un état d’exception économique et
politique. Sur simple décision du Conseil des ministres, l’exécutif
pourrait suspendre des pans entiers de la législation au nom d’une menace
« grave et actuelle » dont il serait le seul juge. Qu’une telle
disposition tombe entre les mains d’un pouvoir d’extrême droite, et l’on mesure
l’étendue du danger.
Cette
initiative présidentielle n’est pas un accident de fin de parcours : elle
s’inscrit dans une lente érosion des libertés publiques amorcée dès le premier
quinquennat Macron. Arrestations préventives de manifestants, dissolution arbitraire d’associations
au nom du « séparatisme », bureaucratisation du droit de manifester,
surveillance algorithmique légalisée sous prétexte de sécurité : la
République en est venue à se défendre de ses propres citoyens.
Les récents
rapports d’Amnesty International, de la Ligue des droits de l’homme ou de
Human Rights Watch dressent tous le même constat : la peur est
devenue un instrument de gouvernement. En 2025, le Comité des Nations unies contre la
torture dénonçait déjà les violences policières et la banalisation
du recours à la force en France, en particulier contre les minorités et les
mobilisations écologistes.
L’arsenal
législatif n’a cessé de s’étoffer au rythme des faits divers et de la
droitisation extrême du débat public : loi « séparatisme », loi
« sécurité globale », extension des pouvoirs préfectoraux,
dispositifs de surveillance de masse expérimentés pour les jeux Olympiques puis
pérennisés.
Chaque texte,
pris isolément, peut paraître limité. Ensemble, ils dessinent la bascule d’un
pays, où l’ordre et la réduction des contre-pouvoirs deviennent une fin en soi.
Dans un climat saturé d’invectives contre l’État de droit et l’indépendance de
la justice, le pouvoir macroniste n’a pas joué le rôle de garde-fou
qu’on était en droit d’attendre : il a bien souvent allumé la mèche,
déroulant le tapis rouge aux obsessions de l’extrême droite et préparant
ainsi ses possibles victoires électorales.

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