lundi 18 mai 2026

« Liste noire : Bolloré veut réduire les artistes au silence »,’l’éditorial de Maud Vergnol.



Il est des scènes qui résument une époque. Celle jouée dimanche à Cannes en fait partie. Là même où le cinéma est censé célébrer la liberté de création, le directeur de Canal Plus a annoncé que les 600 signataires de la tribune « Zapper Bolloré » ne travailleraient plus avec son groupe. Une liste noire, en somme.

Derrière la formule policée – « Je ne peux pas accepter de collaborer avec eux » –, la menace est limpide, la mécanique de dissuasion redoutablement efficace : prendre publiquement position contre le promoteur en chef de l’extrême droite expose aux rétorsions économiques.

À la tête d’un véritable empire contre lequel le pouvoir macroniste n’a pas bougé le petit doigt, l’ogre ne possède plus seulement des parts de marché : il maîtrise de la production à la diffusion les œuvres de l’esprit. Ses instituts de sondage fabriquent l’opinion.

CNews façonne l’actualité. Les titres de presse qu’il a rachetés les relaient. C8 colonise les soirées dans une version fascisée du « temps de cerveau disponible ». Canal Plus et les maisons d’édition qu’il a rachetées conditionnent, peu à peu, les imaginaires.

« Il n’y a pas d’alternative à Canal Plus » : la phrase tourne en boucle dans la profession, comme un mantra fataliste. C’est faux. Les alternatives existent, à condition d’avoir une ambition politique, de « renoncer au renoncement », pour empêcher, comme alertait Jack Ralite, que « l’esprit des affaires l’emporte sur les affaires de l’esprit ».

Les idées ne manquent pas pour reconstruire une véritable politique culturelle, comme la France a su le faire avec talent à plusieurs reprises dans son histoire. Quand les rédactions et les maisons d’édition tombent les unes après les autres dans l’escarcelle du milliardaire, que le spectacle vivant étouffe sous l’austérité budgétaire et que les artistes sont sommés de choisir entre leur parole et leur carrière, il est grand temps de se réveiller.

 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

À Cuba, la Maison-Blanche redouble ses sanctions et piétine le droit international, l’éditorial de Cathy Dos Santos.

Dans sa goinfrerie impérialiste, Donald Trump espère exhiber le scalp de Cuba, après avoir mis au pas le Venezuela , du moins le croit-il,...