mercredi 6 mai 2026

« Le PDG de Total bichonne son magot de guerre », l’éditorial de Marion d’Allard.



Observer la nuée des ministres voler au secours du patron de TotalEnergies dit autant de l’impuissance consentie de l’État que de la voracité des grands groupes. Oui, le géant français des hydrocarbures est un profiteur de guerre. Au sens littéral et chiffres à l’appui.

Au premier trimestre 2026, le mastodonte du CAC 40 a engrangé près de 5 milliards d’euros de bénéfices – en hausse de 51 % sur un an – par la grâce du chaos au Moyen-Orient. Le blocage du détroit d’Ormuz a dopé le prix du baril, mais aussi – et surtout – les marges du raffinage. Un jackpot pour la multinationale française dont la branche qui y est consacrée a encaissé cinq fois plus que l’an dernier sur la même période. Les faits. Juste les faits.

À la pompe, les prix, eux, sont devenus fous. Les foyers modestes, les travailleurs contraints d’utiliser leur véhicule, les oubliés des transports publics et des pans entiers de l’économie française subissent la crise énergétique de plein fouet.

Mais l’État s’obstine à refuser non seulement le blocage des prix, mais la taxation des superprofits de Total et consorts pour porter les aides à la hauteur des besoins. C’est qu’en face, Patrick Pouyanné bichonne le magot : « C’est simple, si le gouvernement décide de taxer les raffineries, évidemment, la politique de plafonnement, c’est lui qui devra l’appliquer. »

Un plafonnement à 2 euros le litre, qui, en plus de rapporter à l’entreprise des parts de marché conséquentes, demeure bien au-delà de ce que peut assumer la grande majorité des automobilistes, une nouvelle fois confrontés au dilemme infernal : faire le plein ou remplir le frigo.

Quand Total fait du chantage, la Macronie courbe l’échine. Quelle bassesse d’entendre Sébastien Lecornu se contenter d’« encourager » la multinationale à faire un geste commercial, son ministre des Transports dénoncer un « Total bashing particulièrement désagréable », la porte-parole de son gouvernement s’émouvoir des attaques contre « ce fleuron qu’on adore détester ». Une reddition lamentable qui illustre plus que jamais la nécessité de nationaliser le secteur pétrolier.

 

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