Il en est qui
voient l’élection présidentielle comme la quête d’un Graal. D’autres la
conçoivent comme un passage obligé, le comble d’une personnalisation de la
politique dont il faudra se débarrasser pour faire advenir la République
véritable. Le chemin pour y parvenir peut-il ressembler à une aventure de
Tintin ? Plutôt que d’écrire un énième pavé comme la plupart de ceux qui,
comme lui, se rêvent un destin, François Ruffin, à sa manière iconoclaste, a choisi la BD pour se
grimer en personnage d’Hergé. Malheureusement, l’aventure tourne court, tant le
député se prend au sérieux dans le rôle du héros justicier.
Malaise à la
vue du Picard réglant un litige, dans un train, entre des agents de la sûreté
ferroviaire et une femme noire. Au lieu de se placer du côté des usagers
révoltés par le zèle teinté de racisme des
policiers, le candidat y fait régner une
justice conçue comme une équidistance entre les deux. Représenté torse bombé,
il paie l’amende de la voyageuse avant de sermonner un passager à la mine
contrite (« Respectez la police ! »), puis un agent («
Respectez votre uniforme ! »). L’incident y est réduit à une
simple perturbation de la bonne marche du train.
On aimerait
croire à une maladresse, si ce n’était cohérent avec d’autres planches de la BD
dans lesquelles victimes et auteurs de répression policière sont renvoyés dos à
dos, ou encore avec les propos problématiques du candidat en chair et en os sur
l’immigration. On ne fera pas l’affront à François Ruffin de le traiter de raciste. Mais la gauche ne peut
avoir pour ambition de pacifier la société sans en extirper l’injustice. Comme
elle n’a pas besoin d’un César ou d’un sauveur qui ordonne aux opprimés de
rester à leur place.
Dans une lettre
au communiste Maurice Thorez, Aimé Césaire appelait la gauche à se défaire du « fraternalisme »,
ce paternalisme du « grand frère qui, imbu de sa supériorité (…), vous
prend la main pour vous conduire (…). C’est très exactement ce dont nous ne
voulons pas ». Le penseur anticolonial de la négritude y pourfendait
l’habitude enracinée « dans tous les partis (…) de disposer pour nous,
l’habitude de penser pour nous ». Ces pages ont 70 ans. Il est
urgent de les relire.

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