Palantir est un
effroyable concentré de traque liberticide et d’entreprise de mort. Une sorte
de Big Brother au bras armé capable de pulvériser n’importe quelle cible,
partout dans le monde, au nom d’un dangereux suprémacisme. En deux décennies,
ce mastodonte états-unien de la Silicon Valley, spécialisé dans le traitement
de données, s’est transformé grâce au financement de la CIA en un empire
tentaculaire, au lendemain des attaques du 11 septembre 2001.
Le combat
contre le terrorisme a propulsé Palantir jusqu’au plus haut sommet de l’État de
la première puissance mondiale. L’entreprise se trouve désormais au carrefour
de toutes les données nationales. Elle n’est plus seulement le prestataire du
gouvernement, des services de renseignements, des forces armées ou encore de la
police, elle s’arroge une part prépondérante de ses fonctions régaliennes. Elle
s’est taillé une place de choix dans le grand complexe militaro-industriel qui
dicte le tempo politique.
Avec son
manifeste « La République technologique », le patron de Palantir,
Alexander Karp, entend
redessiner le monde à sa main. Il n’est plus seulement le promoteur de son
arsenal de surveillance ; il se fait le chantre d’une doctrine fascisante
au service de la guerre. Il reprend à son compte la fumeuse théorie du choc des
civilisations, qui opposerait, selon lui, des cultures et des « sous-cultures »
désignées comme « médiocres voire, pire encore, régressives et
nuisibles ».
La démocratie
et le pluralisme sont à ses yeux des entraves à la conflictualité inhérente aux
rapports de domination. Sa philosophie de la brutalité triomphante prédit un
nouvel âge de la guerre. Selon ses mots, « une ère de dissuasion, l’ère
atomique, touche à sa fin. Une nouvelle ère de dissuasion fondée sur l’IA est
sur le point de commencer ».
Cette ère a
déjà commencé, des rues de Minneapolis, où la police de l’immigration, la tristement célèbre ICE, traque sans pitié les étrangers, jusqu’aux théâtres de
guerre, où les cibles sont choisies par l’intelligence artificielle. Le monde
que promet Karp est monstrueux, digne des dystopies les plus obscures.

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