mercredi 29 avril 2026

« Le manifeste de Palantir : la brutalité triomphante », l’éditorial de Cathy Dos Santos.



Palantir est un effroyable concentré de traque liberticide et d’entreprise de mort. Une sorte de Big Brother au bras armé capable de pulvériser n’importe quelle cible, partout dans le monde, au nom d’un dangereux suprémacisme. En deux décennies, ce mastodonte états-unien de la Silicon Valley, spécialisé dans le traitement de données, s’est transformé grâce au financement de la CIA en un empire tentaculaire, au lendemain des attaques du 11 septembre 2001.

Le combat contre le terrorisme a propulsé Palantir jusqu’au plus haut sommet de l’État de la première puissance mondiale. L’entreprise se trouve désormais au carrefour de toutes les données nationales. Elle n’est plus seulement le prestataire du gouvernement, des services de renseignements, des forces armées ou encore de la police, elle s’arroge une part prépondérante de ses fonctions régaliennes. Elle s’est taillé une place de choix dans le grand complexe militaro-industriel qui dicte le tempo politique.

Avec son manifeste « La République technologique », le patron de Palantir, Alexander Karp, entend redessiner le monde à sa main. Il n’est plus seulement le promoteur de son arsenal de surveillance ; il se fait le chantre d’une doctrine fascisante au service de la guerre. Il reprend à son compte la fumeuse théorie du choc des civilisations, qui opposerait, selon lui, des cultures et des « sous-cultures » désignées comme « médiocres voire, pire encore, régressives et nuisibles ».

La démocratie et le pluralisme sont à ses yeux des entraves à la conflictualité inhérente aux rapports de domination. Sa philosophie de la brutalité triomphante prédit un nouvel âge de la guerre. Selon ses mots, « une ère de dissuasion, l’ère atomique, touche à sa fin. Une nouvelle ère de dissuasion fondée sur l’IA est sur le point de commencer ».

Cette ère a déjà commencé, des rues de Minneapolis, où la police de l’immigration, la tristement célèbre ICE, traque sans pitié les étrangers, jusqu’aux théâtres de guerre, où les cibles sont choisies par l’intelligence artificielle. Le monde que promet Karp est monstrueux, digne des dystopies les plus obscures.

 

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