mercredi 22 avril 2026

« La normalisation de l’extrême droite offre aujourd'hui un permis de chasser », l’éditorial de Stéphane Sahuc.



Souvent, le fait divers permet de reléguer au rang d’anecdote tragique ce qui, en réalité, fait système. Le 19 avril, à Espaly-Saint-Marcel, en Haute-Loire, des enfants jouaient au pied de leur immeuble. Soudain, un homme les a pris pour cible. « Dehors les noirs et les Arabes ! », a hurlé le tireur en visant des enfants et blessant l’un d’eux.

Cet attentat, auquel les autorités ont réagi par un silence assourdissant, est le prolongement direct d’une parole qui a fait sauter tous les verrous. Car ce tireur ne s’est pas réveillé raciste dans un vide idéologique. Il est le produit d’une fascisation de l’espace public. Celle-là même qui, il y a peu, jetait en pâture le visage et la dignité de Divine Kinkela, cette aide-soignante de Montargis (Loiret) insultée devant les caméras, sommée de « retourner à la niche » par des voisins que l’impunité et la banalisation avaient rendus braillards.

Cette violence n’est pas le produit du hasard. Au Medef, on reçoit désormais Jordan Bardella avec la déférence due à un futur gestionnaire des intérêts du capital. Au Parlement, la majorité cajole l’extrême droite jusqu’à la faire entrer dans l’arc républicain. Cette normalisation par le haut est le carburant du passage à l’acte par le bas. La déferlante ne s’arrête pas aux rues des lotissements ; elle s’attaque au cœur de nos institutions.

La haine qui cible des élus comme Bally Bagayoko participe de cette même logique. Qu’il s’agisse d’un maire, d’une travailleuse ou d’un gamin de 8 ans, le moteur de la haine est identique : nier le droit à l’existence de l’autre sur le sol de la République. Le message envoyé par les officines fascisantes, et validé par le silence des banquets patronaux et des enceintes parlementaires, est limpide : « Vous n’êtes pas chez vous, partez ! »

La normalisation de l’extrême droite offre aujourd’hui un permis de chasser, de l’enfant qui joue au ballon jusqu’à l’édile ceint de son écharpe tricolore. Il est urgent de retirer le micro des mains de ceux qui encouragent cette haine et nourrissent le passage à l’acte. Sinon, la division, le racisme et la violence deviendront le mode de fonctionnement normal de notre société au profit des plus puissants.

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« La normalisation de l’extrême droite offre aujourd'hui un permis de chasser », l’éditorial de Stéphane Sahuc.

Souvent, le fait divers permet de reléguer au rang d’anecdote tragique ce qui, en réalité, fait système. Le 19 avril, à Espaly-Saint-Marce...