Souvent, le
fait divers permet de reléguer au rang d’anecdote tragique ce qui, en réalité,
fait système. Le 19 avril, à Espaly-Saint-Marcel, en Haute-Loire, des
enfants jouaient au pied de leur immeuble. Soudain, un homme les a pris pour
cible. « Dehors les noirs et les Arabes ! », a hurlé le
tireur en visant des enfants et blessant l’un d’eux.
Cet attentat,
auquel les autorités ont réagi par un silence assourdissant, est le
prolongement direct d’une parole qui a fait sauter tous les verrous. Car ce
tireur ne s’est pas réveillé raciste dans un vide idéologique. Il est le
produit d’une fascisation de l’espace public. Celle-là même qui, il y a peu,
jetait en pâture le visage et la dignité de Divine Kinkela, cette
aide-soignante de Montargis (Loiret) insultée devant les caméras, sommée de « retourner
à la niche » par des voisins que l’impunité et la banalisation avaient
rendus braillards.
Cette violence
n’est pas le produit du hasard. Au Medef, on reçoit désormais Jordan Bardella avec la déférence due à un futur gestionnaire des
intérêts du capital. Au Parlement, la majorité cajole l’extrême droite jusqu’à
la faire entrer dans l’arc républicain. Cette normalisation par le haut est le
carburant du passage à l’acte par le bas. La déferlante ne s’arrête pas aux
rues des lotissements ; elle s’attaque au cœur de nos institutions.
La haine qui
cible des élus comme Bally Bagayoko participe de cette même logique. Qu’il s’agisse d’un
maire, d’une travailleuse ou d’un gamin de 8 ans, le moteur de la haine
est identique : nier le droit à l’existence de l’autre sur le sol de la
République. Le message envoyé par les officines fascisantes, et validé par le
silence des banquets patronaux et des enceintes parlementaires, est
limpide : « Vous n’êtes pas chez vous, partez ! »
La
normalisation de l’extrême droite offre aujourd’hui un permis de chasser, de
l’enfant qui joue au ballon jusqu’à l’édile ceint de son écharpe tricolore. Il
est urgent de retirer le micro des mains de ceux qui encouragent cette haine et
nourrissent le passage à l’acte. Sinon, la division, le racisme et la violence
deviendront le mode de fonctionnement normal de notre société au profit des
plus puissants.

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