Le 15 août
2021, l’image de l’hélicoptère Chinook survolant l’ambassade américaine pour
une évacuation précipitée de Kaboul reprise par les talibans semblait surgie
d’une archive. Elle se confondait avec celle de l’exfiltration des derniers
diplomates postés à Saigon par un hélicoptère Air America, un demi-siècle plus
tôt. Les deux clichés superposés offraient un troublant précipité des défaites
américaines qui se succèdent depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, avec
leurs retraits désordonnés.
Sur des
théâtres annexes esquivant la confrontation directe avec les grandes puissances
rivales, ces interventions militaires obéissent toutes au même schéma :
objectifs politiques confus, échecs stratégiques durables, conséquences
humaines et environnementales cataclysmiques. Jamais la démocratie ni le
progrès ne sont arrivés dans le paquetage des G. I. : ces guerres ont
toutes conduit à l’impasse, et même, depuis le début du siècle, au chaos.
Le projet Costs
of War de l’université de Brown dresse un effroyable bilan des « guerres
contre le terrorisme » lancées par Washington après le 11 septembre
2001. Elles ont tué, directement ou indirectement, 4,5 à 4,7 millions de
personnes, dont la plupart n’ont pas survécu à la faim, aux maladies, à
l’exode, à la destruction des infrastructures de santé.
En Irak, en
2003, l’invasion américano-britannique, avec la chute de Saddam Hussein, a
certes offert aux États-Unis l’occasion de clamer victoire. Mais elle a ouvert
deux décennies d’instabilité et déchaîné l’hydre djihadiste dans toute la
région et jusqu’en Europe. Plus de 600 000 Irakiens y ont laissé la vie.
Auparavant, la guerre du Golfe déclenchée par George Bush père, avec ses
85 000 tonnes de bombes larguées sur l’Irak, avait indirectement causé la
mort de 110 000 civils, dont 70 000 enfants.
Donald Trump
menace aujourd’hui de renvoyer l’Iran « à l’âge de pierre ».
Il promet des crimes de guerre et fait pilonner des universités. La barbarie
des opérations américaines dans la région a déjà provoqué des décennies de
régression en termes de développement humain. Elle laisse derrière elle des
États faillis, des oppositions trahies et broyées, des sociétés meurtries, des
écosystèmes saccagés. L’impérialisme américain n’est pas seulement une impasse.
C’est une calamité pour toute l’humanité.

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