Elle est le
symptôme le plus aigu de l’étiolement d’une démocratie qui
tient désormais une bonne partie du peuple à distance. Dimanche
15 mars, au premier tour des élections municipales, l’abstention a encore
battu des records (43 %). L’étiage est si bas qu’il se
situe plus de 15 points au-dessous de la moyenne de la participation
à une élection municipale entre 1959 et 2014. Mais cette abstention n’a rien
d’uniforme.
Elle ne traduit
pas seulement une fracture territoriale et générationnelle : elle
trace une frontière de classe. Bien plus sensible dans les catégories
populaires (50 %) que dans les milieux les plus aisés (33 %),
elle contredit radicalement le prêt-à-penser faisant passer les plus
modestes pour des électeurs acquis à l’extrême droite. Dans
l’électorat ouvrier, la première force, ce n’est pas le RN, c’est l’abstention.
Cette désertion
est massive, profonde, enracinée. Elle s’inscrit dans une tendance
lourde dont s’accommode parfaitement ce système politique en
décrépitude. La démobilisation populaire est d’autant plus forte que les fins
de mois sont dures, que les services publics
se retirent, que le
sentiment d’abandon s’installe.
Pourtant, quand
les enjeux sont clairs, quand le débat démocratique s’ouvre
à leurs attentes, à leurs vies, à leurs soucis, quand ils se sentent
représentés aussi, les travailleurs, les chômeurs, les étudiants, les femmes
qui tiennent seules à bout de bras des familles
monoparentales reviennent
aux urnes.
La droite et
l’extrême droite, dont les pactes se font
de moins en moins tacites, peuvent
compter sur des électeurs
d’autant plus disciplinés qu’elles manipulent des peurs,
des obsessions, des fantasmes : l’insécurité, l’immigration, le péril
rouge.
Pour la gauche,
l’issue du scrutin dépend de ses électeurs qui ne se sont pas
déplacés au premier tour. Ceux que préoccupe, non pas la couleur du voisin ou le
nombre de caméras de vidéosurveillance, mais l’urgence sociale : le
logement, les écoles, les crèches, les transports, le travail, la dignité de
chacune et de chacun. Ils sont la force décisive et leur mise en
mouvement, la condition d’un renouveau démocratique.

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