vendredi 20 mars 2026

« Municipales 2026 : l’abstention trace une frontière de classe », l’éditorial de Rosa Moussaoui.



Elle est le symptôme le plus aigu de l’étiolement d’une démocratie qui tient désormais une bonne partie du peuple à distance. Dimanche 15 mars, au premier tour des élections municipales, l’abstention a encore battu des records (43 %). L’étiage est si bas qu’il se situe plus de 15 points au-dessous de la moyenne de la participation à une élection municipale entre 1959 et 2014. Mais cette abstention n’a rien d’uniforme.

Elle ne traduit pas seulement une fracture territoriale et générationnelle : elle trace une frontière de classe. Bien plus sensible dans les catégories populaires (50 %) que dans les milieux les plus aisés (33 %), elle contredit radicalement le prêt-à-penser faisant passer les plus modestes pour des électeurs acquis à l’extrême droite. Dans l’électorat ouvrier, la première force, ce n’est pas le RN, c’est l’abstention.

Cette désertion est massive, profonde, enracinée. Elle s’inscrit dans une tendance lourde dont s’accommode parfaitement ce système politique en décrépitude. La démobilisation populaire est d’autant plus forte que les fins de mois sont dures, que les services publics se retirent, que le sentiment d’abandon s’installe.

Pourtant, quand les enjeux sont clairs, quand le débat démocratique s’ouvre à leurs attentes, à leurs vies, à leurs soucis, quand ils se sentent représentés aussi, les travailleurs, les chômeurs, les étudiants, les femmes qui tiennent seules à bout de bras des familles monoparentales reviennent aux urnes.

La droite et l’extrême droite, dont les pactes se font de moins en moins tacites, peuvent compter sur des électeurs d’autant plus disciplinés qu’elles manipulent des peurs, des obsessions, des fantasmes : l’insécurité, l’immigration, le péril rouge.

Pour la gauche, l’issue du scrutin dépend de ses électeurs qui ne se sont pas déplacés au premier tour. Ceux que préoccupe, non pas la couleur du voisin ou le nombre de caméras de vidéosurveillance, mais l’urgence sociale : le logement, les écoles, les crèches, les transports, le travail, la dignité de chacune et de chacun. Ils sont la force décisive et leur mise en mouvement, la condition d’un renouveau démocratique.

 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

« Le périscolaire, parent pauvre et méprisé du monde éducatif », l’éditorial de Laurent Mouloud.

Des enfants humiliés, frappés, abusés . Des parents meurtris qui réclament justice. Et des collectivités locales qui semblent dépassées. L...