Ancré dans l’histoire
depuis plus d’un siècle et pourtant toujours en adéquation avec les aspirations
de son temps, le 8 mars accompagne depuis 116 ans le mouvement
d’émancipation des femmes. Dénommé « Journée internationale de lutte
pour les droits des femmes », il lui arrive souvent que l’un ou
l’autre de ses qualificatifs passe à la trappe, le plus souvent celui de lutte.
Cette dimension a même failli disparaître, avalée par la dimension
institutionnelle donnée au 8 mars, par l’ONU d’abord, puis par la
présidence Mitterrand. L’officialisation du 8 mars a eu pour effet
d’élargir sa surface, ce qui est positif, mais aussi d’estomper son caractère
subversif et de luttes, ce qui l’est moins. Fort heureusement, la CGT, le parti
communiste et un certain nombre d’associations proches, dont le 8 mars est
resté l’apanage quasi exclusif jusqu’aux années 1970, ont su ne pas céder aux
sirènes institutionnelles.
Ainsi le
8 mars a-t-il permis chaque année à des générations successives de
travailleuses d’exprimer leurs exigences : de la reconnaissance pleine et
entière de leur droit au travail à l’égalité dans tous les domaines, en premier
lieu professionnel jusqu’au mitan du XXe siècle, puis, à partir
des années 1960, celles de leur droit à enfanter « si je veux quand je
veux ». Enfin, l’exigence de liberté des femmes quant à leur corps a
ouvert la phase actuelle de refus de toute violence sexiste et sexuelle. À
chaque étape, les enjeux et les formes de mobilisations s’en sont trouvés
infléchis ou enrichis. Depuis le début des années 2000, une nouvelle génération
féministe rencontre le combat historique et donne de nouvelles couleurs à ce
rendez-vous, en convergence, en particulier, avec la CGT. Ainsi, ces dernières
années, et en 2026 aussi, les mobilisations de rues voient-elles défiler
ensemble des organisations syndicales et des associations féministes. Ce qui
était impensable quelques années auparavant.
Mais, rançon du
succès, depuis 2019, l’association féminine (pas féministe)
d’extrême droite Némésis perturbe les manifestations. Elle
s’infiltre dans les cortèges syndicaux, voire veut en prendre la tête. Elle y
déploie des mots d’ordre et pancartes à caractère raciste. Protégée par des
militants, hommes, de groupuscules d’extrême droite, elle cherche à provoquer
dans les manifestations des réactions violentes qui pourront lui servir à se
victimiser sur les réseaux sociaux, voire au-delà, et à affaiblir le message à
la fois féministe et internationaliste du 8 mars. Cette méthode a été
récemment employée à Lyon. On en a vu l’épouvantable résultat. Pour ces
raisons, la CGT, plusieurs syndicats et associations ont demandé en commun au
ministre de l’Intérieur la dissolution de cette association.
Quoi qu’il en
soit, la portée féministe du 8 mars n’en sera pas affaiblie. Hier comme
aujourd’hui l’émancipation des femmes se joue autour de deux enjeux
fondamentaux et étroitement liés l’un à l’autre : l’égalité et la liberté.
Un troisième en est le trait d’union : la dignité. Or, même si d’immenses
progrès ont été accomplis, aucun n’est ni complètement, ni définitivement
acquis. C’est pourquoi il ne faut rien lâcher. La lutte contre les violences
sexistes et sexuelles complète celle pour l’égalité professionnelle, elle ne
s’y substitue pas. C’est ce que rappelle en substance le communiqué commun à
toutes les organisations syndicales qui fait de l’enjeu d’égalité un enjeu
social et démocratique de premier plan à porter ce 8 mars 2026.

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