mardi 10 mars 2026

« Il est urgent de changer de logiciel », l’éditorial de Marion d’Allard.



Il en avait pourtant fallu du temps pour que le monde regarde enfin en face sa dépendance mortifère aux énergies fossiles et parvienne à acter – timidement mais sûrement – la sortie progressive d’un extractivisme forcené. Le premier jalon a été posé, sous l’égide de l’ONU, en 2023, lors de la COP climat, à Dubai. Ça ne s’invente pas. Signe de l’hypocrisie des grandes puissances, l’accord pionnier est mort dans l’œuf.

À plus forte raison aujourd’hui, l’actualité nous le rappelle froidement : la crise climatique, ses conséquences destructrices et ses centaines de milliers de victimes ne sont pas à l’agenda des priorités politiques. Sous l’impulsion de Donald Trump, les États-Unis, premier pollueur au monde, étendent partout leurs guerres impérialistes, historiquement bâties sur l’accaparement des ressources naturelles. Pétrole et gaz en tête. « Drill baby drill. »

On l’a vu récemment. Au Venezuela comme au Groenland, Washington ne s’astreint même plus à camoufler ses intentions. Donald Trump met sa force de frappe et sa doctrine de politique étrangère au service d’un double but unique : mettre la main sur les richesses du sous-sol et contrôler les principales routes commerciales mondiales. Tant pis pour la planète. Et tant pis pour les peuples.

En s’engageant aux côtés d’Israël dans une guerre illégale contre l’Iran, les États-Unis, certes différemment, poursuivent le même objectif. L’Iran est assis sur des réserves colossales de pétrole, estimées à quelque 200 milliards de barils et le détroit d’Ormuz, contrôlé par Téhéran, voit transiter 20 % de l’or noir mondial et 30 % des engrais. Le chaos engendré par la fermeture de ce point de passage stratégique est un puissant révélateur.

L’envolée du prix du baril, affiché ce lundi à 118 dollars – au plus haut depuis 2022 et l’invasion de l’Ukraine par la Russie – menace l’économie mondiale. Les Bourses dévissent, les spéculateurs jubilent et, à la pompe, les prix explosent. Les plus précaires sont les premières victimes de la flambée des prix des carburants. Comme ils le sont du réchauffement climatique lui-même causé par l’extraction record de pétrole et de gaz. Le capitalisme fossile brûle la planète et creuse le fossé béant des inégalités. Il est urgent de changer de logiciel.

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