lundi 5 janvier 2026

« Terrorisme d’État et objectifs de prédation revendiqués par Trump », l’éditorial de Rosa Moussaoui.



C’est un séisme dont les répliques peuvent refaçonner le monde pour le pire. Avec l’assaut de ses commandos Delta qui ont kidnappé le président vénézuélien, Nicolás Maduro, à Caracas, Donald Trump achève de démolir le fragile édifice de légalité internationale bâti après 1945.

Ses prédécesseurs s’étaient employés avant lui à le démanteler – coup d’États militaires orchestrés par la CIA, invasion de l’Irak, soutien actif à la guerre génocidaire d’Israël à Gaza. Mais un cap est franchi avec l’opération « Absolute Resolve », un raid militaire mal déguisé en opération de police, préparé par le déploiement de l’armada états-unienne dans la Caraïbe et lancé sans même un mandat du Congrès : le terrorisme d’État est assumé, les objectifs de prédation revendiqués.

Depuis Mar-a-Lago, le président des États-Unis a annoncé sans détour la curée pétrolière, en s’adjugeant la propriété des réserves d’hydrocarbures du Venezuela. Il n’est même plus question d’exporter la « démocratie » : si la Maison-Blanche viole ainsi les droits d’un État souverain, ce n’est pas pour faire valoir une quelconque volonté populaire, mais pour administrer directement le pays. Jusqu’à la « transition appropriée » voulue par Trump, le temps de mettre en piste un gouvernement fantoche.

L’argument de la lutte contre le « narcoterrorisme » ne mérite pas même que l’on s’y arrête – il est grotesque, employé par celui qui vient de gracier l’ex-président hondurien Juan Orlando Hernandez, baron de la drogue et fidèle allié de Washington.

Cette opération criminelle, illégale, arbitraire, ravive la doctrine Monroe qui prêche une tutelle stricte sur tout le continent, de l’Alaska à la Terre de Feu. Dans sa version « America first », il s’agit de barrer la route à la Chine – déjà visée avec les promesses d’annexion de Panama pour y prendre le contrôle du canal.

La menace est explicite, proférée sur un ton ordurier : d’autres suivront s’ils ne se plient pas aux intérêts états-uniens : Cuba, la Colombie, le Mexique, le Brésil. Et demain, d’autres encore, car le monde de Trump, celui de l’internationale néofasciste qu’il parraine, est un monde sans règles, où règnent seules la loi du plus fort et celle des pétrodollars. Macron approuve. C’est irresponsable, insensé. Le coup d’État de Caracas est un avertissement lancé à tous : l’impérialisme du XXIe siècle, c’est l’enterrement pur et simple du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

 

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