mardi 11 novembre 2025

« Ce vent d’espoir qui souffle depuis New York », la chronique de Patrick Le Hyaric.



Le nom même du nouveau maire de New York qui abrite Wall Street, le temple de la finance mondiale, est un événement politique de portée internationale. Au lieu de vouloir s’accaparer les mérites de cette victoire, pour laquelle elles ne sont pour rien, les forces de gauche et progressistes auraient tout intérêt à étudier la nature de cet événement capital pour en tirer quelques enseignements utiles.

Zohran Mamdani (1) est l’un des responsables new-yorkais des « socialistes démocrates d’Amérique » (DSA) se situant à l’aile gauche du Parti démocrate. Désigné candidat au terme d’une primaire interne, Mamdani a eu face à lui son opposant au sein du parti (2) qui s’est présenté aux élections avec le soutien de Trump, préférant ce politicien tout aussi défenseur de l’oligarchie que le candidat républicain. Même le sénateur démocrate de l’État de New York a aussi refusé de soutenir Zohran Mamdani.

Une double balafre

Le bipartisme au service de la pérennisation du capitalisme a donc été doublement balafré. D’abord par les sympathisants démocrates qui ont fait un choix interne plus radical, puis par plus d’un million de travailleurs et de jeunes dans le cadre d’une participation électorale inconnue depuis 1969.

L’exceptionnelle mobilisation de citoyennes et de citoyens – qui jusque-là n’allaient plus voter pour une grande part à cause de la similitude des politiques des deux partis du système délaissant les classes laborieuses —, dit beaucoup de ce que recherche là-bas comme ici les dépossédés : une alternative au capitalisme.

L’intervention directe de Trump dans la campagne déclarant que la victoire de Mamdani serait bien pire qu’une victoire démocrate puisqu’il est communiste ne fait qu’ajouter au caractère de classe du vote dans un pays pétri d’anticommunisme ou d’antisocialisme viscéral depuis des décennies. L’indignation que suscite désormais l’immense concentration des richesses entre les mains d’une infime minorité, la flambée des « coûts de la vie » de plus en plus insupportable pour l’immense majorité, la violence de la mise en coupe réglée des droits sociaux et démocratiques pousse une large partie des travailleurs et de la jeunesse vers une gauche de combat ne reniant pas son identité. C’est sur la promesse d’une amélioration du « pouvoir de vivre mieux » que s’est fait élire Mamdani. Avec la gratuité des bus, le gel des loyers pour deux millions de locataires, le développement de magasins d’aides alimentaires, l’instauration d’un accès gratuit à des garderies pour enfants, la construction de logements accessibles aux plus modestes, un meilleur financement des écoles. Ajoutons-y le projet d’augmenter le salaire minimum sans distinction de race, de genre, de religion, en rupture avec les orientations droitières sur la diversité ethnique visant à camoufler les rapports de classe.

Connexion des demandes citoyennes aux origines plurielles

Ainsi, Zohran Mamdani, qualifié de « candidat multiculturel » de par ses racines africaines et indiennes, a porté un projet visant à solidariser, à fédérer, à unir autour d’un projet social, écologique et économique avec la proposition de faire contribuer un peu plus les plus fortunés. Il tente ainsi de connecter entre elles les demandes des citoyennes et citoyens aux origines plurielles et aux opinions politiques et religieuses également très diverses. Il montre ainsi que la synthèse entre gauche sociale, gauche culturelle et gauche de la diversité est possible, non pas sur des bases communautaires ou ethniques, mais sur la base de l’intérêt général, sur la base des intérêts de classe.

Loin de la débauche de financement des campagnes électorales des deux autres candidats – le Républicain et celui issu du Parti démocrate – son programme électoral et sa campagne ont été le résultat des demandes populaires et d’un militantisme de proximité à partir des quartiers. La coprésidente des « Democratic Socialists of America » (DSA) de la ville de New York emploie cette puissante formule : « Ils et elles ont le pouvoir oligarchique de l’argent organisé ; nous avons le pouvoir démocratique des personnes organisées » (3). C’est donc à partir d’une démarche populaire et démocratique que cette victoire a été rendue possible. Tout l’opposé des véhéments et féroces assauts contre la démocratie menés de concert par les droites trumpiennes et le grand capital.

Seule cette mobilisation populaire pourra maintenant transformer en réalité les intentions d’un programme de base. Une déception de la population new-yorkaise ne ferait que renforcer les extrêmes droites et les milieux d’affaires aux États-Unis et au-delà.

Les pires manœuvres pour mettre en échec Mamdani

Il est certain que rien ne sera épargné à la nouvelle équipe municipale de New York. Des campagnes dépeignant Mamdani en « djihadiste » jusqu’aux privations des fonds fédéraux pour la ville, l’utilisation de la police fédérale de l’immigration (ICE) ou encore l’utilisation du prétexte de la lutte contre la criminalité ou le trafic de drogue, comme dans d’autres villes ou encore contre le Venezuela… Trump mettra l’État fédéral et sa fortune personnelle au service de l’échec du nouveau maire de New York. Cette victoire et la réussite du programme de Zohran Mamdani nous concernent donc.

Elle nous renseigne aussi sur la possibilité de mettre un terme à l’internationale réactionnaire et fascisante au service du grand capital. Rien n’est encore irréversible à condition de s’unir pour répondre aux aspirations populaires, pour bâtir des projets d’émancipation et de transformation structurelle de l’économie. Bref, pour se mettre à la disposition d’un vivant et pluriel mouvement de dépassement du capitalisme.

Tirer les enseignements de cette victoire en France

À quelques mois de nos élections municipales, il ne sera pas inutile d’en tirer enseignements. Parmi ceux-ci un certain évanouissement des frontières entre les enjeux nationaux et locaux même dans un scrutin municipal. En effet, les restrictions budgétaires que subissent les communes ont des conséquences directes sur la vie des habitantes et habitants, quand leur état financier est intégré dans les sordides calculs de la commission européenne. Et de plus en plus, les populations recherchent les moyens de combattre les modifications climatiques ou les pertes de biodiversité et souhaitent que les projets locaux intègrent ces enjeux. Le respect des diversités, des pluralités et des mixités, le « mieux vivre » notamment pour les plus modestes appellent des projets démocratiques pour la construction de « villes pour toutes et tous ». Le choix de la paix et de l’harmonie entre les peuples contre ceux d’une dispendieuse et dangereuse militarisation allant à l’encontre du bien commun. Autant de projets qui appellent à mobiliser les moyens d’humanité pour l’avenir des enfants, le soutien à l’école, au sport, à la culture, à la santé, à l’accès à des logements et des transports adaptés aux enjeux sociaux et climatiques, la conquête de la sûreté et de la sécurité de vie.

Ainsi, ce scrutin risque de ne pas seulement porter sur des bilans municipaux aussi bons soit-il et sur des enjeux strictement locaux. Il sera connecté aux grandes préoccupations de l’heure et appellera donc beaucoup d’audace et de créativité politique pour repousser les factions et fractions françaises de l’internationale réactionnaire et pour faire gagner avec les habitants des projets progressistes et écologiques. Le communisme municipal, un municipalisme progressiste revigoré de nouveaux apports y contribuera avec efficacité.

Ce vent porteur d’espoir qui souffle depuis New York devrait nous inspirer.

(1) Zohran Kwame Mamdani est né en Ouganda en 1991, naturalisé américain en 2018. Élu maire avec 50,4 % des voix, contre A. Cuomo 41,6 % et le Républicain Curtis Sliwa 7,1 %

(2) Andrew Cuomo, ancien gouverneur de l’État de New York avait perdu la primaire face à Mamdani mais s’est maintenu face à lui. L’ancien maire démocrate a appelé à voter Cuomo.

(3) Grace Mausser, coprésidente des Democratic Socialists of America de New York. Texte publié par Jacobin.

 

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