Le nom même du nouveau maire de New York qui abrite
Wall Street, le temple de la finance mondiale, est un événement
politique de portée internationale. Au lieu de vouloir s’accaparer les
mérites de cette victoire, pour laquelle elles ne sont pour rien, les forces de
gauche et progressistes auraient tout intérêt à étudier la nature de
cet événement capital pour en tirer quelques enseignements utiles.
Zohran Mamdani
(1) est l’un des responsables new-yorkais des « socialistes démocrates
d’Amérique » (DSA) se situant à l’aile gauche du Parti démocrate. Désigné
candidat au terme d’une primaire interne, Mamdani a eu face à lui son opposant
au sein du parti (2) qui s’est présenté aux élections avec le soutien de Trump,
préférant ce politicien tout aussi défenseur de l’oligarchie que le candidat
républicain. Même le sénateur démocrate de l’État de New York a aussi refusé de
soutenir Zohran Mamdani.
Une double balafre
Le bipartisme
au service de la pérennisation du capitalisme a donc été doublement balafré.
D’abord par les sympathisants démocrates qui ont fait un choix interne plus
radical, puis par plus d’un million de travailleurs et de jeunes dans le cadre
d’une participation électorale inconnue depuis 1969.
L’exceptionnelle
mobilisation de citoyennes et de citoyens – qui jusque-là n’allaient plus voter
pour une grande part à cause de la similitude des politiques des deux partis du
système délaissant les classes laborieuses —, dit beaucoup de ce que recherche
là-bas comme ici les dépossédés : une alternative au capitalisme.
L’intervention
directe de Trump dans la campagne déclarant que la victoire de Mamdani serait
bien pire qu’une victoire démocrate puisqu’il est communiste ne fait qu’ajouter
au caractère de classe du vote dans un pays pétri d’anticommunisme ou
d’antisocialisme viscéral depuis des décennies. L’indignation que suscite
désormais l’immense concentration des richesses entre les mains d’une infime minorité,
la flambée des « coûts de la vie » de plus en plus insupportable pour
l’immense majorité, la violence de la mise en coupe réglée des droits sociaux
et démocratiques pousse une large partie des travailleurs et de la jeunesse
vers une gauche de combat ne reniant pas son identité. C’est sur la promesse
d’une amélioration du « pouvoir de vivre mieux » que s’est fait élire
Mamdani. Avec la gratuité des bus, le gel des loyers pour deux millions de
locataires, le développement de magasins d’aides alimentaires, l’instauration
d’un accès gratuit à des garderies pour enfants, la construction de logements
accessibles aux plus modestes, un meilleur financement des écoles. Ajoutons-y
le projet d’augmenter le salaire minimum sans distinction de race, de genre, de
religion, en rupture avec les orientations droitières sur la diversité ethnique
visant à camoufler les rapports de classe.
Connexion des demandes citoyennes aux origines
plurielles
Ainsi, Zohran
Mamdani, qualifié de « candidat multiculturel » de par ses racines
africaines et indiennes, a porté un projet visant à solidariser, à fédérer, à
unir autour d’un projet social, écologique et économique avec la proposition de
faire contribuer un peu plus les plus fortunés. Il tente ainsi de connecter
entre elles les demandes des citoyennes et citoyens aux origines plurielles et
aux opinions politiques et religieuses également très diverses. Il montre ainsi
que la synthèse entre gauche sociale, gauche culturelle et gauche de la
diversité est possible, non pas sur des bases communautaires ou ethniques, mais
sur la base de l’intérêt général, sur la base des intérêts de classe.
Loin de la
débauche de financement des campagnes électorales des deux autres candidats –
le Républicain et celui issu du Parti démocrate – son programme électoral et sa
campagne ont été le résultat des demandes populaires et d’un militantisme de
proximité à partir des quartiers. La coprésidente des « Democratic
Socialists of America » (DSA) de la ville de New York emploie cette
puissante formule : « Ils et elles ont le pouvoir oligarchique de
l’argent organisé ; nous avons le pouvoir démocratique des personnes
organisées » (3). C’est donc à partir d’une démarche populaire et
démocratique que cette victoire a été rendue possible. Tout l’opposé des véhéments
et féroces assauts contre la démocratie menés de concert par les droites
trumpiennes et le grand capital.
Seule cette
mobilisation populaire pourra maintenant transformer en réalité les intentions
d’un programme de base. Une déception de la population new-yorkaise ne ferait
que renforcer les extrêmes droites et les milieux d’affaires aux États-Unis et
au-delà.
Les pires manœuvres pour mettre en échec Mamdani
Il est certain que rien ne sera
épargné à la nouvelle équipe municipale de New York. Des campagnes
dépeignant Mamdani en « djihadiste » jusqu’aux privations des fonds
fédéraux pour la ville, l’utilisation de la police fédérale de l’immigration
(ICE) ou encore l’utilisation du prétexte de la lutte contre la criminalité ou
le trafic de drogue, comme dans d’autres villes ou encore contre le Venezuela…
Trump mettra l’État fédéral et sa fortune personnelle au service de l’échec du
nouveau maire de New York. Cette victoire et la réussite du programme de Zohran
Mamdani nous concernent donc.
Elle nous
renseigne aussi sur la possibilité de mettre un terme à l’internationale
réactionnaire et fascisante au service du grand capital. Rien n’est encore
irréversible à condition de s’unir pour répondre aux aspirations populaires,
pour bâtir des projets d’émancipation et de transformation structurelle de l’économie.
Bref, pour se mettre à la disposition d’un vivant et pluriel mouvement de
dépassement du capitalisme.
Tirer les enseignements de cette victoire en France
À quelques mois
de nos élections municipales, il ne sera pas inutile d’en tirer enseignements.
Parmi ceux-ci un certain évanouissement des frontières entre les enjeux
nationaux et locaux même dans un scrutin municipal. En effet, les restrictions
budgétaires que subissent les communes ont des conséquences directes sur la vie
des habitantes et habitants, quand leur état financier est intégré dans les
sordides calculs de la commission européenne. Et de plus en plus, les
populations recherchent les moyens de combattre les modifications climatiques
ou les pertes de biodiversité et souhaitent que les projets locaux intègrent
ces enjeux. Le respect des diversités, des pluralités et des mixités, le
« mieux vivre » notamment pour les plus modestes appellent des
projets démocratiques pour la construction de « villes pour toutes et
tous ». Le choix de la paix et de l’harmonie entre les peuples contre ceux
d’une dispendieuse et dangereuse militarisation allant à l’encontre du bien
commun. Autant de projets qui appellent à mobiliser les moyens d’humanité pour
l’avenir des enfants, le soutien à l’école, au sport, à la culture, à la santé,
à l’accès à des logements et des transports adaptés aux enjeux sociaux et
climatiques, la conquête de la sûreté et de la sécurité de vie.
Ainsi, ce
scrutin risque de ne pas seulement porter sur des bilans municipaux aussi bons
soit-il et sur des enjeux strictement locaux. Il sera connecté aux grandes
préoccupations de l’heure et appellera donc beaucoup d’audace et de créativité
politique pour repousser les factions et fractions françaises de
l’internationale réactionnaire et pour faire gagner avec les habitants des
projets progressistes et écologiques. Le communisme municipal, un municipalisme
progressiste revigoré de nouveaux apports y contribuera avec efficacité.
Ce vent porteur
d’espoir qui souffle depuis New York devrait nous inspirer.
(1) Zohran
Kwame Mamdani est né en Ouganda en 1991, naturalisé américain en 2018. Élu
maire avec 50,4 % des voix, contre A. Cuomo 41,6 % et le Républicain
Curtis Sliwa 7,1 %
(2) Andrew
Cuomo, ancien gouverneur de l’État de New York avait perdu la primaire face à
Mamdani mais s’est maintenu face à lui. L’ancien maire démocrate a appelé à
voter Cuomo.
(3) Grace
Mausser, coprésidente des Democratic Socialists of America de New York. Texte
publié par Jacobin.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire